mercredi 30 janvier 2008

Rembobinage du temps


Peut-on encore attendre quelque chose d’un artiste approchant les 70 ans ? La plupart du temps, non. Il se répète, il se plagie, il refait souvent moins bien ce qui a fait de lui un artiste et, c’est le plus grave, sans se rendre compte que son époque est passée. Quand on pense à Charles Trenet, à sa vivacité, à sa grâce des années de jeunesse, on est affligé d’entendre les poussifs poèmes de concours qu’il débita jusqu’à la fin. Cette remarque est encore plus vraie pour Aznavour, incapable de faire une seule bonne chanson depuis la fin des années 70, et pourtant, le bougre pond ! Les exceptions du genre Gainsbourg et Nougaro, pour rester dans le domaine de la chanson, en sont d’autant plus remarquables.

J.J. Cale sort un nouvel album, Rewind, et il a justement 70 balais. Il y a donc de quoi se méfier, sauf que l’album est composé de morceaux inédits enregistrés entre 1973 et 1983, c'est-à-dire sa plus belle période. Comme s’il avait 35 ans de moins. Sur les quatorze chansons proposées, huit seulement furent écrites pas Cale, et comme par hasard, ce sont les meilleures. Les autres n’arrivent pas à s’échapper de cette banalité qui plombe le blues, cette lourdeur du cliché et de la formule répétée génération après génération, qui fait, à la longue, totalement chier. Il reste alors les huit autres chansons, inégales mais bien dans la veine du mec, tant dans les arrangements que dans le son et le feeling qui font son génie. Dans des morceaux comme Since you said goodbye ou Lawdy mama, on retrouve son mélange unique de rock, de jazz, de blues et de country aussi efficace qu’à l’époque, et pour cause, et sa façon de jouer laid back qui est probablement le liant de l’ensemble. En gros, jouer laid back, c’est jouer « au fond du temps » (des queues de cerises qu’on ne peut pas écrire en musique, mais qui font la différence), pas lourdement sur le temps comme un gros bœuf mais presque juste après... C’est également, soit dit en passant, le secret du swing et ça explique peut-être que J.J. Cale réussisse à composer des blues qui n’endorment personne. Au final, ça fait un album moins parfait que les chefs d’œuvres du passé, moins homogène, mais riche de quelques pépites superbes.

ATTENTION. Si ce petit texte devait donner envie à quelqu’un d’acheter Rewind, qu’il soit bien entendu que je déconseille fortement d’acheter 22,26 euros à la Fnac ce qu’on trouve à 10.5 euros port compris sur Caïman… On est cons, mais pas au point d’acheter quoi que ce soit à la Fnac.

mardi 29 janvier 2008

Midem: chantons rentable


En ce moment se déroule le 42ème MIDEM de Cannes, réunion de tous les acteurs de l’industrie musicale. Je laisse à chacun le soin d’apprécier la vision Midem de l’artiste : une bimbo avec un bouton ON/Off au milieu du front… Chante, rapporte et tais-toi. Et ils ont les boules, les gars du Midem. Figures-toi, lecteur qui n’en a sûrement rien à foutre, que les ventes de disques en France ont baissé de 17% en 2007, et que la tendance à la baisse dure depuis cinq piges ! Contre ça : mesures de flicage contre le peer to peer et, peut-être, fixation d’un seuil de disques à acheter OBLIGATOIREMENT, pour chaque habitant, et hors périodes de solde... On verra. En attendant ces temps joyeux, des idées magnifiques apparaissent, comme celle d’associer certains artistes à de grandes marques.

En ce moment, les plus gros annonceurs sont les firmes de télécommunication, les vendeurs de camelote téléphones portables, qui remettent des prix à la con (le Mobile d’Or est remis cette année au chanteur Mika, par le PDG de SFR, ça te la sectionne, hein ?) et cherchent à s’associer des noms de rebelles vendeurs. L’étape suivante est donc le sponsoring, le partenariat, comme avec les sportifs. Un footballeur plein d’étiquettes est déjà ridicule, mais un chanteur, dont le ridicule est souvent intrinsèque, aura probablement du mal à ne pas faire rire l’auditeur. Qu’importe, le temps n’est plus à la rigolade, on est là pour le fric. Les fabricants de portables ne sont, bien entendu, pas les seuls à être sur les rangs. Il est donc à prévoir que les zartistes de demain seront non seulement habillés par Machin, mais qu’une étiquette bien visible le rappellera sur toutes leurs images publiques.

Pour respecter la vérité, il faut quand même signaler qu’un genre assez particulier d’artistes, le guitar hero, est depuis longtemps associé à une marque d’ampli ou de gratte. On peut voir son faciès satisfait en couverture des magasines de guitares ou de son, littérature stupéfiante exclusivement réservée aux mecs, boutonneux divers et astiqueurs de manches, dont le caractère plus ou moins confidentiel tenait lieu d’excuse. Ces temps-là sont finis, le Midem nous en donne quelques exemples ci-dessous.






lundi 28 janvier 2008

Les comiques ne sont pas drôles

Charles Chaplin, Buster Keaton, Jacques Tati et tous les burlesques n'arriveront jamais à ça...

Y'a bon tennisman

Ces Blacks, tous les mêmes...


Il est bien évident que tout le monde se fout du tennis, de l’Open d’Australie et de Jo-Wilfried Tsonga. Les sports professionnels, qu’ils soient spectaculaires ou non, sont trop inféodés à l’argent et au type de vulgarité qui y est attaché pour avoir encore la moindre excuse. Le tennis en est une sorte de modèle cynique, où l’on vante l’intérêt d’une compétition en précisant qu’elle est « dotée de 2 millions de dollars ». Moi, de toutes façons, je préfère le patinage artistique.

Les français ne gagnent plus de tournois du grand chelem depuis 25 ans, bon. Chaque fois qu’un Français fait un petit truc, la presse nationale se roule dans l’allégresse, tandis que des gamins de 20 ans – étrangers- raflent les tournois sans faire de vagues. C’est un genre de chauvinisme que Goscinny avait réussi à rendre sympathique dans « Astérix aux Jeux olympiques ». Ce début 2008 est donc la période Tsonga. Ce mec joue au tennis, il bat des salauds d’Espagnols : très bien, et je m’en tape. L’intérêt peut aussi être ailleurs.

Pierre Jaxel-Truer a un nom ridicule, mais il n’en est probablement pas responsable. Il écrit des articles dans le Monde, et ça, on peut le lui reprocher. Sous le titre époustouflant « le déboulé du Mohamed Ali des courts », ce mec nous brosse un portrait inframince de l’inutile joueur de baballe, dans lequel il le compare à Mohamed Ali et à Yannick Noah. Je n’irai pas jusqu’à vérifier si Tsonga a le même style que Noah (et, donc, si la comparaison est techniquement justifiée), mais je parie qu’il diffère de celui de Mohamed Ali en plusieurs points. J’y connais rien en sport mais ça, je le sais ça !

Au lieu de nous présenter Tsonga comme un joueur s’inscrivant dans une lignée de joueurs de tennis, de faire des comparaisons de style, de comportements, d’atouts physiques ou techniques, le plumitif ramène Tsonga à sa couleur de peau. Je n’ai jamais entendu nulle part qu’on comparaît Federer à Michel Audiard (ils sont pourtant blancs tous les deux), ni Navratilova à Georges Pompidou, mais comparer un tennisman noir à un autre tennisman noir, ou un boxeur noir, ou un chauffeur de taxi noir, ça devient fréquent ! A qui comparaît-on Noah en son temps ? Arthur Ashe…

Mais calmons-nous : je ne dis pas que Pierre Jaxel-Truer est raciste. Ce serait faux, ridicule, indigne, soûlant, tartufesque, etc. Mais comme de plus en plus de monde aujourd’hui, il nage dans le racialisme, une vision de la société et du monde où il est rigoureusement impossible de sortir de son déterminisme ethnico racial. Le modèle américain est connu, il perdure, il se développe. On présente Leonardo Di Caprio comme un « italo-américain », alors que sa mère s’appelle Irmelin Idenbirken (authentique !), comme toute bonne teutonne. On parle d’Arthur Ashe comme d’un tennisman noir américain, comme si la mention « noir » était capitale pour savoir qui est ce mec. Ce modèle racialiste est importé en France par les plus cons d’entre nous, les plus fainéants, les inconscients, les militants, les cyniques, les abrutis, les têtes à gifles, les broute-foin, les peigne-culs et Pierre Jaxel-Truer.

Son merdique articluet :

http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008/01/26/le-deboule-du-mohamed-ali-des-courts_1004003_3236.html#ens_id=994548

dimanche 27 janvier 2008

Turc, évite Villeurbanne...



Ça continue. A Villeurbanne, Jean-Paul Bret, le maire socialiste, est allié aux Verts. Ceux-ci avaient trois élus dans la précédente mandature et sont susceptibles d’en avoir de nouveau après les élections municipales. De potes, quoi. Mais voici qu’un problème nouveau entache les relations des deux amis : afin de pouvoir intégrer les listes communes, une candidate des Verts est sommée de déclarer publiquement… qu’elle reconnaît le génocide arménien ! Oui, je sais, le génocide arménien a presque cent ans et le parti des Verts n’existait pas encore en ces temps anciens. Mais c’est ainsi : si tu veux te faire élire, petite, dis-nous comment tu penses…

Vous l’avez compris, y’a plein d’Arméniens à Villeurbanne. Ils sont arrivés il y a longtemps et leurs descendants, comme partout ailleurs dans le monde, sont putamment bien intégrés. Ils forment un groupe de pression incontournable, régulièrement flattés par tout ce qui veut se faire élire, dont Jean-Paul Bret. Et comme ces gens sont bien intégrés à la société française, ils en reproduisent les actions, les manies, les maladies, tout. D’où cette actualité

Mais… je vois que j’ai oublié de vous dire que l’impétrante verte n’est pas, aux yeux de certains, une française comme les autres : elle est « d’origine turque » ! Ha, la sournoise… Evidemment, elle est la seule à qui on ait demandé de dérouler son credo arménien. Qu’on prenne la chose comme on veut, la réalité est là : nous sommes dans une situation où un élu trouve normal de discriminer un de ses alliés politiques en fonction de l’origine nationale de ses parents ! Qu’il y pense seulement pourrait déjà surprendre, mais qu’il n’hésite pas à faire la démarche publiquement, tout en se goinfrant la bouche de « droits de l’homme » et autre formule de posture, c’est proprement révolutionnaire.

La France a reconnu le génocide des Arméniens. Elle en a fait une loi par laquelle elle donne sa position au reste du monde sur le sujet, et qui situe légalement le débat en France. Il n’est donc plus possible en France, de dire publiquement que le génocide des arméniens n’a pas existé. Mais ça ne suffit pas : il faut désormais que chaque citoyen français d’origine turque, où soupçonné de l’être, enchérisse encore sur la loi française, clame qu’il la respecte, qu’il l’adore, qu’il la croit, qu’il la confirme, qu’il ne pense qu’à elle ! Et comment sera-t-on sûr qu’il ne feinte pas encore ? Etre français, avoir cette nationalité de naissance ou l’acquérir ne suffira donc plus à l’intégration, il faudra encore aller se faire oindre par telle ou telle « communauté », selon les cas : nous sommes entrés dans l’âge de l’ointégration.

Puisque décidément les communautaristes ont gagné la partie, je propose de se ranger lâchement de leur côté (toujours choisir le bon côté du manche, pour éviter de participer en tant que victime, à un éventuel génocide des opposants). Je suggère donc que pour accéder à tout emploi civil ou militaire, le citoyen français dont le père ou la mère est d’origine turque soit contraint à une déclaration publique sur l’honneur dans laquelle il reconnaîtra la réalité et l’horreur du génocide arménien, et la responsabilité des ces salopards de Turcs. Je propose que ce genre de mention soit rendu obligatoire sur les CV, dont un exemple pourrait servir de modèle :

Nom : Turki

Prénom : Mehmet

Date de naissance : 17/06/1988

Emploi recherché : maçon façadier reconnaissant le génocide arménien.

samedi 26 janvier 2008

Johnny a l'idée de la mort !

Plus près de toi...

La mort de Carlos, dont il était l’ami, a rendu Johnny Hallyday un peu nerveux. Lui qui misait sur la chirurgie inesthétique pour conserver l’air en forme, est arrivé à une conclusion très peu yéyé : on est bien peu de choses. Comme son autre ami Nicolas Sarkozy, Johnny Hallyday est très catholique, il pratique non seulement la moto chromée et la machine à abdo-fessiers mais aussi la messe, dont on dit qu’il est fou. Et comme il avoisine l’âge de raison (65 balais en juin), il a décidé en même temps d’arrêter les tournées, de se mettre à la guitare et de préparer ses funérailles.

On dit beaucoup de banalités sur Johnny, ce qui est un peu normal. Arriver à interpréter plus de mille chansons en cinquante ans de carrière, vendre 60 millions d’albums et n’avoir chanté QUE DES CONNERIES, c’est à décourager les biographes les mieux disposés. On parle donc de son côté simple, bon garçon, mec cool qui aime s’amuser et inviter des quinqua au bord de ses piscines. Ce qu’on cache soigneusement, en revanche, c’est l’opinion que la star se fait d’elle-même. On pourrait le croire blasé, blindé contre sa propre image : non non ! A l’occasion d’un retour sur sa carrière, il a récemment chopé un melon considérable, découvrant qu’il est l’artiste français le plus important du siècle, loin devant Debussy, Braque et Jean-Pierre Papin. Tout le monde se souvient de l’événement considérable que le soixantième anniversaire de Johnny a représenté pour la France Raffarignolesque : la télévision mit en place une émission quotidienne, sorte de compte à rebours trente jours avant le terme, uniquement consacrée à la gloire de l’icône, tandis que les villes et villages servaient de galeries à ciel ouvert aux publicités à son effigie (lunettes à la con, assurances de mes couilles, etc). Promu artiste d’Etat par le goût d’un ubuesque premier ministre, Johnny fit de cette année 2003 une chose à lui, sa propriété, comme un chiotte qu’on peut fréquenter des heures durant sans craindre d’avoir à céder la place… Le phénomène est connu depuis plus de quarante ans : pendant que l’idole des jeunes, la France vomit.

Cette année 2003 a, semble-t-il, énormément marqué le guignol. Il faut reconnaître qu’avec de tels dithyrambes et sous le miel de tant de louanges, n’importe qui commencerait à se prendre pour quelqu’un. C’est ici que sa foi catholique rend la chose moins courante : il a décidé qu’une fois mort, son corps serait distribué sous formes de reliques. On sait déjà qu’il a réservé deux concessions, l’une au Père-Lachaise, l’autre à Saint-Tropez. On comprend bien qu’un homme qui déplace vingt mille mélomanes au stade de France ne peut pas tenir tout entier dans une seule tombe. Ces concessions n’hébergeront sans doute que des cénotaphes puisque les petits bouts du grand homme sont appelés à voyager, mais la répartition des reliques (puisqu’il faut bien les appeler comme ça) n’est pas encore totalement achevée. Il faut dire que l’artiste fait cher payer l’honneur d’avoir un de ses os à admirer. Il est sur le point de mettre en place un système d’enchères préventives sur son corps : les villes voulant détenir un jour un tibia rocker, un pied yéyé ou une côtelette rebelle doivent mettre des options sur ces trésors en versant des sommes sur le compte de l’association que gère la femme du Saint (Johnny Fort Rêveur – JFR, Sarl au capital de 100 000 euros). Une ville moyenne de Belgique a déjà annoncé détenir le financement pour une option de 160 000 euros sur le crâne du chanteur. Sera-ce suffisant ? pas sûr : un haut fonctionnaire de Bercy m’a clairement indiqué que « le Président veut que ça reste en France »…

Johnny : une carrière sans fin.

TF1 sera associée à l’opération et organisera (d’après ce qui a filtré) une série d’émissions façon Téléthon pour inciter les administrés des villes candidates à soutenir financièrement leurs prétentions, et pour faire naître des mouvements spontanés d’opinions dans les villes et villages restés insensibles ( ?). « Personne ne pourra dire qu’il n’était pas au courant », précise Claudine Fana, chargée de la coordination du truc sur la chaîne. Ces émissions s’intituleront Allumer le feu ! en référence au tube hallucinant du poète. A ce sujet, Claudine Fana est catégorique, et rassurante : « Allumer le feu ! ne fait pas du tout référence à une quelconque crémation, comme certains ont pu le craindre. Les gens qui nous ont écrit ou envoyé des mails peuvent être tranquilles, on ne brûlera jamais Johnny ».

C’est bien connu, qui dit « Johnny » dit générosité, engagement, grande cause. Même après sa mort, l’équation restera juste puisqu’il a été décidé officiellement qu’une partie de son corps échapperait à la « loi du marché » pour profiter à tous dans un souci pédagogique : sa hanche artificielle a été léguée par testament au musée de la métallurgie de Liège, qui enrichira d’un seul coup sa collection au-delà des espérances humaines. Autre geste généreux : il fait don d’un quart de ses manuscrits au Musée des Arts Premiers (quai Branly), à Paris, ville qui l’a fait ce qu’il est devenu.

« Longtemps après que les poètes ont disparu

Leurs chansons courent encore dans les rues… »

Charles Trenet n’avait pas prévu que le Marché suppléerait la force de la poésie par une organisation scientifique. Le biker musical a délégué à son épouse toute autorité pour gérer son avenir au mieux : elle conservera le droit moral des ossements qui seront exposés de par l’Europe, interdisant, par exemple, qu’une ville détentrice d’une relique puisse organiser à son tour des enchères pour la revendre sans verser des droits à sa société JFR. « On se gêne pas pour télécharger mes chansons sur Emule, alors je prends mes précautions sur les droits d’auteurs de mes os », affirme la star dans un chapitre de son business plan. Quant aux visites des lieux de culte, en dehors des visites locales, l’organisation de circuits de visites sera le privilège exclusif de JFR, par l’intermédiaire de son département Johnny Tour Operator. Au départ de Paris et pour un tarif encore inconnu, il vous sera possible de visiter chacune des pièces du puzzle, bout par bout, ville après ville, en autocar climatisé et sonorisé (on s’en doutait), et de « rencontrer » ainsi le Singer Maximo même longtemps après qu’il aura disparu…

jeudi 24 janvier 2008

Socialistes français, tendons-nous la main !

Le parti socialiste français vient d’organiser son troisième forum de la rénovation, histoire de préparer les élections municipales prochaines. Le genre de réunion où il est très difficile de cacher ses haines, ses ambitions et son sourire crispé. Hollande a fait comme si Strauss Kahn n’était pas là, Delanoë s’est arranger pour ne citer que lui-même dans ses discours, et Royal a boudé les autres, qui ne méritent que ça de toutes façons.

En exclusivité pour Beboper, voici un cours extrait d’une réunion préparatoire de la septième section de Poitou-Charentes, visant à établir une motion unitaire sur la répartition des courants soces dans les listes électorales.


Closer, le poids de l'actu !

Closer, la liberté de peser


Closer, le torchon à cul des stars, est sous le coup d’une plainte déposée par Cécilia, l’ex femme du Boss, pour l’avoir montrée en string dans son édition de lundi dernier. En attendant les foudres de la justice, les tauliers du boxon multicolore ont préféré flouter l’image de l’Ex sur leur site, privant les internautes d’un spectacle qui régale depuis trois jours les clientes des salons de coiffure de l’Europe occidentale entière. C’était compter sans Beboper. Tant que les bourres ne font pas irruption dans les locaux du blogue, nous resterons fidèles à notre devoir d’informer, et serions-nous les derniers sur la Toile, nous continuerons à montrer l’actualité dans toute sa vérité, toute sa crudité, toute son horreur !

mercredi 23 janvier 2008

Attali le Hun

Tiens! mais si je sauvais la France, moi ?

Ce mercredi 23 janvier 2008 est historique : le rapport Attali sur la « libération de la croissance »va être rendu public. Comme on dit avant Jésus Christ et après Jésus Christ, il y aura un avant et un après 23 janvier 2008. Les petits marioles prétendant que Sarkozy ne tiendra de toutes façons aucun compte du contenu du Rapport n’ont pas compris que sa portée dépasse la triviale politique française, et s’inscrit dans le monde comme un raz de marée géant, une coupe du monde de foot ou une Révélation.

La France semble attendre les 300 mesures du docteur Attali comme, confusément, elle attendait un sauveur après juin 40. L’infatigable conseiller, qui a déjà tué un Mitterrand sous lui, a fait travailler des étudiants sous payés travaillé deux mois sans dormir pour sortir le pays de l’avachissement trente cinqueuriste, annihiler le prestige du fonctionnariat dans les esprits et redonner sa vigueur au goumi économique national.

Les Echos ont mis en ligne ce texte vendredi dernier, et ont dû le retirer vite fait sous peine de poursuites. Mais comme personne ne lit les Echos, l’effet ne s’est pas développé dans la société française. En exclusivité pour les lecteurs de ce blog (bien plus nombreux que les tristos lecteurs des Echos) et en avance de quelques heures sur l’annonce officielle, voici les dix premières mesures Attaliennes pour changer radicalement la France !

1) Importer Mouammar Kadhafi

2) Interdire le repos dominical et les siestes crapuleuses.

3) Développer le nucléaire, secteur trop fortement sous-développé en France.

4) Interdire le mariage, y compris le mariage homosexuel.

5) Rétablir la peine de mort par pendaison publique.

6) Interdire la petite épicerie.

7) Autoriser la commercialisation des enfants.

8) Libéraliser la publicité dans les cimetières.

9) Criminaliser l’épargne, l’économie de bout de chandelle, la rectification des clous tordus, la pauvreté et la possession d’un vélo.

10) Développer la TVA sur l’air.

mardi 22 janvier 2008

God is not dead !

La religion rend les gens bons.

Quand Sarkozy parle des racines chrétiennes de la France, il est difficile de lui répondre qu’elles n’existent pas. L’arbre étant toujours debout, les racines doivent exister, profondément enfouies mais réelles. Quand il dit qu’il y a du religieux « au fond de chaque civilisation », seuls ceux qui n’ont aucune notion d’anthropologie osent se scandaliser. C’est la navrante technique oratoire du Patron : il te glisse un truisme d’école communale, suivi d’une question absurde, et saute dans un avion pour régler à l’autre bout du monde un autre problème urgent. L’important réside donc dans ce qui suit le truisme, et qui est rarement clair. Ainsi, que va-t-il faire de la laïcité ?

Comme il pense qu’il faut enseigner la religion, qu’il est souhaitable que tous les petits écoliers de France tombent les bras ouverts dedans pour éviter de tomber dans la délinquance et qu’ « un homme qui croit, c’est un homme qui espère », il a décidé de faciliter l’apprentissage des religions dès le plus jeune âge. C’est évidemment une connerie, mais bon… Ce que l’on sait du dispositif, c’est qu’il ne consiste pas du tout à organiser l’enseignement neutre du « fait religieux » ni à traiter de toutes les religions : une place prépondérante devra être faite à l’histoire et à la présentation du catholicisme. Pourquoi ne devrais-je pas faire une plus grande place à religion qui est, quantitativement, la plus importante ? a t-il répondu à Jean-Louis Borloo, récent converti à l’islam qui l’interpellait sur le sujet. Dans l’esprit du Chef, il n’est pas question d’employer des fonctionnaires de l’Etat à « perdre du temps avec le shintoïsme », ni à enseigner les principes de Zoroastre. C’est un enseignement pratique qu’il faut donner aux écoliers, visant à les édifier dans « la connaissance des principes religieux à la base de la fondation du pays ». Cet état d’esprit missionnaire semble toutefois s’arrêter aux limites du prosélytisme, puisqu’une note du ministère (EN17.42, du 7 janvier 2008) précise que la mise en avant des principes et de l’histoire du catholicisme doit se faire « hors de toute idée de conversion, qui n’est pas du ressort de l’Education Nationale statutairement ». On respire !

Prends ça, chien d'infidèle !

Pour la mise en œuvre de cette nouvelle mission, le Pèzident fait entièrement confiance aux enseignants volontaires, dont les traitements seront revus à la hausse. Dans la perspective sarkozienne, un bon système de primes peut venir à bout de tout. Henri Guénot, qui n’est pas aussi confiant, a consulté certains représentants d’une puissante officine américaine, privée, rattachée à l’église catholique, et spécialisée dans l’enseignement. Leur méthode (la méthode affirmative, inspirée des évangélistes et des madrasas afghanes) fait la place belle à « l’imagination du professeur », à son « statut d’autorité », aux chants « pratiqués en communs » et à l’apprentissage par cœur. Depuis trente ans, ces honorables travailleurs pratiquent ce genre de commando dans les écoles américaines, à la demande des parents, et leurs résultats sont impressionnants. La section française de cette firme ne compte aujourd’hui que 250 membres environ, mais il ne faut pas douter qu’une commande gouvernementale de cette ampleur facilitera le recrutement de nouveaux guerriers.

Amen.

dimanche 20 janvier 2008

Les Très Riches Heures de la Chanson Française

En ces heures écologiques, il est temps d’abandonner les chansons d’amour et les luttes sociales pour se tourner vers le seul combat d’urgence : la planète.

Toute personne visionnant cette vidéo jusqu’au bout gagnera un voyage d’initiation écologique en Bretagne, avec visite d’un tipi de militants.


samedi 19 janvier 2008

L'information, piège à cons !



Qu’est-ce qu’une information exacte ? Réponse : ça n’existe pas. L’information est toujours parcellaire, elle est toujours une construction et, selon les cas, une représentation simplifiée des faits, un épouvantable mélange de réalité et de doctrine, sans même parler de sa forme esthétique, qui est pourtant ce dont on dispose en premier. L’information, c’est toujours une nuance plus ou moins prononcée, plus ou moins volontaire du faux.

Prenons un cas apparemment simple : la déclaration publique d’un dirigeant politique. L’information pourrait consister à citer entre guillemets toute la déclaration, en précisant simplement où et quand elle a été faite. Mais faut-il dire devant qui la déclaration fut faite ? Faut-il dire si le public fut choisi, autorisé, filtré, composé de sympathisants, de figurants payés, du tout venant populaire ? Faut-il parler des réactions de ce public (une réaction d’hostilité sera sans doute mentionnée, mais jamais une absence de réaction visible). En quoi l’analyse de la déclaration n’est-elle pas également de « l’information », c'est-à-dire un rappel de faits et leur mise en rapport entre eux ? Faut-il s’interroger sur ce qui a motivé la déclaration, faut-il se demander à qui elle est précisément adressée, et si un groupe de pression l’a inspirée ? J’arrête là : on voit bien que les réponses à ces questions modifieraient radicalement la forme et le fond de la « simple » information de base. L’information « vraie », ce n’est que l’information dont on se contente.

Il y a quelque chose de l’ordre de la croyance dans nos rapports aux journaux, aux médias, et aux informations qu’ils proposent. A travers l’information, le citoyen croit disposer de la vérité, ou d’une part de celle-ci (à ce titre, l’expression « quatrième pouvoir » pour désigner la presse semble d’ailleurs un modèle d’euphémisme). Or cette vérité, tout le monde connaît ça, est aux mains de quelques groupes industriels, qui la triturent, lui donnent forme, la propagent, l’habillent à leur goût et la foutent sur le trottoir. A partir de là, et puisqu’on sait que les groupes industriels ne font rien sciemment contre leurs propres intérêts (pas plus que la plupart d’entre nous d’ailleurs), prétendre disposer d’infos sérieuses et véridiques en lisant la presse, c’est au minimum de l’inconscience.

L’information est aussi soumise au filtre bouché de l’idéologie. Comme rien n’est plus bête qu’un homme de convictions, rien n’est plus suspect qu’une info sortant de ses mains. Quand on défend une cause, quand on a le cul mental calé par quelques coussins théoriques, même les plus effondrés, quand on milite, on est forcément amené à faire un choix dans ce dont on va parler. Il ne s’agit même pas de ce qu’on va dire des événements, il s’agit déjà de fixer son attention sur certains d’entre eux, et de passer sous silence les autres, donner un chiffre qui arrange, qui appuie sa démonstration, et oublier celui qui la met en pièces. Les pratiquants de cette catégorie sont les plus dangereux. Contrairement aux journalistes de la presse maquée aux puissances économiques, qui se prostituent au grand jour, en plein cynisme, et qui n’ont d’opinions qu’en fonction de ce qu’elles rapportent, les idéologues se font volontiers passer pour libres à partir du moment où, par exemple, il n’y a pas de publicité dans leur média. Pas de pub = pas de pression = liberté = recherche de la vérité sans entraves. Naïveté de collégiennes ! Comme s’il suffisait d’avoir une opinion et de l’exprimer « librement » pour toucher à la vérité… On peut être libre de s’exprimer, mais n’exprimer que des opinions d’esclave. Esclave du fric et du pouvoir d’un côté, esclaves de ses manies idéologiques de l’autre.

Gloire de la presse: l'information libre.


Un journaliste a parfaitement le droit d’avoir des opinions, des lubies, des marottes, des convictions et, pourquoi pas, des idées. Il a le droit d’être militant communiste, premier de la classe au Front national jeunesse, de prier cinq fois par jour, de ramper sur les genoux à Lourdes, de bouffer du curé chaque dimanche ou d’admirer le Che. Mais qu’on ne vienne pas prétendre qu’il fera le même travail selon le cas. Il est donc parfaitement inutile d’espérer voir autre chose qu’une certaine vision des choses dans une feuille de chou, fût-elle « libre » et « indépendante ». En tant que lecteur, on peut s’en contenter, on peut aimer qu’elle alimente notre propre vision de ces mêmes choses, on peut y trouver des arguments formidables pour les conversations de fin de repas, on peut même finir par croire que la réalité, c’est ça : on entre alors, par la grande porte, dans la catégorie des imbéciles.

Ici, l’idée n’est pas de dénoncer, d’accuser, ni d’appeler au meurtre. Les journalistes, la presse et les médias sont ce qu’ils sont. Je ne veux pas les changer, je m’en tape. En revanche, il est capital de ne pas les prendre pour autre chose que ça, ou considérer leur production comme sérieuse au simple motif qu’elle est souvent chiante à mourir. Pour limiter ou annuler ces tares intrinsèques, on a inventé la vilaine expression de pluralité de la presse. Tous les journaux sont par nature imparfaits, limités, truffés d’erreurs ou de partis pris, mais vous pouvez acheter des dizaines de journaux différents, et c’est censé vous donner un moyen terme satisfaisant. Il y a certainement du vrai là dedans, mais il y a aussi une curieuse façon de faire de la cuisine : des ingrédients pas terribles, voire carrément dégueu, et on devrait s’en régaler… D’ailleurs, pourquoi tel lecteur préfère-t-il lire le Figaro magazine et tel autre le Monde Diplomatique ? Pourquoi l’Huma et pourquoi le Parisien ? Parce que chacun trouve selon le cas des infos et une façon de les traiter qui lui conviennent, qui renforce ses propres idées et ses a priori, qui le conforte ici que les patrons sont des monstres, là que la sécurité n’est plus ce qu’elle était, ailleurs que les riches devraient payer pour les autres ou que ce sont plutôt les pauvres qui ne foutent rien pour s’en sortir. Rien a voir avec l’objectivité, le sérieux, la vérité : une simple affaire d’opinion. Chaque article sera étayé et aura l’apparence du plus grand sérieux, quelles que soient ses conclusions, mais on préfèrera lire celui dont on sait par avance qu’il va dire ce qu’on sait déjà. La pluralité de la presse a le mérite de laisser des opinions diverses s’exprimer et de traiter l’info de différentes façons, mais il n’y a pas beaucoup de citoyens qui se tapent TOUTE la presse d’un œil neutre pour essayer de choper la « vérité » sur tel ou tel sujet. Au contraire, on se jette sur son canard préféré, ou son TF1 adoré pour ne pas risquer d’entendre une façon différente de la sienne de voir le monde. C’est ainsi, et ce n’est que ça.

Etre informé, c'est timportant !


Partant de ces quelques éléments rapidement posés, j’en arrive à mon principe.

Puisque la liberté est évoquée par tant de gens, utilisons-là vraiment. Et puisqu’il est évident que la réalité ne peut pas se résumer à ce qu’on lit dans les journaux, ni dans les livres, ni nulle part parce qu’elle est tout simplement trop vaste pour nous, nous devons nous contenter de fictions plus ou moins scrupuleuses, plus ou moins vraisemblables, et plus ou moins assumées. Dans cette idée, on comprend à quel point les informations classiques deviennent ridicules, et pourquoi il est indispensable de leur appliquer un traitement subjectif hautement revendiqué. Rappelons-nous la formule de Hassan i Sabbah, le Vieux de la montagne. « Rien n’est vrai. Tout est permis », formule exaltante et dangereuse, pleine d’ambiguïtés et de promesses, où Nietzsche voyait à un « labyrinthe de conséquences » que personne, parmi les esprits libres, n’avait osé explorer vraiment. L’arsenal des lois, le zèle des nouveaux flics, le conformisme des esprits et l’avènement du respect comme règle morale universelle tendent à inverser la proposition : Tout est vrai. Rien n’est permis. Nous en sommes là.

C’est la fiction qui, en refusant volontairement de singer la réalité, nous approche probablement le plus d’elle. C’est en tout cas la fiction qui a le plus de chances d’être intéressante. Les photomontages de John Heartfield peuvent être regardés comme de véritables documents sur l’Allemagne d’entre-deux guerres, malgré et grâce à tout ce qu’ils comportent d’arbitraire. Ils ne se donnent pas pour des reportages, ils ne sont pas bêtement journalistiques. Un artiste donne son regard sur l’époque, en se servant de ses propres images et, quatre-vingts ans plus tard, elles sont encore vivantes.

Goering, bourreau du IIIème Reich. J.Heartfield -1933


Je postule donc que, même dans le domaine de l’information, la liberté peut consister à s’affranchir résolument de l’événement et de ce qu’on appelle la réalité. C’est dans l’interprétation, dans un éclairage particulier, dans un parti pris qui intègre l’invention que la liberté peut s’exprimer pleinement et qu’elle nous rapproche de la réalité. Après tout, à l’heure d’Internet et de l’info proliférante, la question n’est plus de savoir ce qui se passe, mais peut-être de comprendre qu’il ne se passe, au fond, plus rien.(1)

Laissons aux « informations » classiques la gloire bouffonne d’être proclamées justes ou vraies, et celle d’inspirer le respect aux peuples.

1) D’une certaine manière, il ne se passe plus rien au sens où plus rien des « événements graves » n’a de réelles conséquences pour nous, sociétés riches et modernes, protégées par la puissance de nos armes. Un génocide au Rwanda ? aucune conséquence pour le français moyen, quelques envolées lyriques, une passivité générale, une inaction parfaite. Une ratonnade en Birmanie ? Pareil. On s’insurge par reflex, on ouvre sa gueule dans les cours d’école, mais au fond, personne ne fréquente de Birman, personne ne sait où ça se trouve, la Birmanie, personne ne prend un fusil ni ne constitue de brigades internationales, tout le monde fait comme moi, comme toi : que dalle (le cas des militants qui signent des pétitions sera abordé dans la version pour enfants de ce blogue). Entre la gesticulation enrobée de moraline et le silence pas concerné, voire l’indifférence réelle, il n’y a qu’une différence d’attitudes, une nuance théâtrale. Il y a tout de même des conséquences, le monde n’est bien sûr pas fait de zones étanches, mais elles épargnent souvent le citoyen d’ici, qui est pourtant la base politique de notre régime. Même un gros clash comme le 11 septembre peut être regardé comme sans conséquence importante: fondamentalement, en quoi la société américaine a-t-elle été bouleversée ? Si on hiérarchise un peu, les vraies conséquences de cet attentat, ce sont les afghans puis les irakiens qui les ont reçues sur la gueule. Habiter un pays riche et puissant, la France par exemple, ça donne droit à ça. Ce qu’on appelle les « événements importants » ne nous touchent pas vraiment mais il faut tout savoir d’eux, tandis que les processus lents et « invisibles » (pollutions, raréfaction des matières premières, destruction de la nature, tensions politiques de fond, démographie, développements scientifiques, migrations internationales, etc.) dont les conséquences nous mordent déjà sont traités comme des questions d’opinion, des points de vue.

jeudi 17 janvier 2008

Et pour un euro de plus...

un euro = un heureux


Vous n’avez plus de fric ? Vous en chiez un max pour boucler les 29 derniers jours de vos fins de mois ? Rassurez-vous, le fils de Giscard est arrivé, Louis Giscard d’Estaing, député du Puy-de-Dôme parce qu’il faut bien avoir un métier. Il a une idée économico psychologico humanisto burlesco hexagonale pour nous sortir de l’ornière.

« Un billet d'un euro, par rapport à une pièce d'une même valeur, peut avoir un réel impact psychologique sur le pouvoir d'achat. Aux Etats-Unis, la pièce d'un dollar existe, mais reste très peu utilisée. Avoir beaucoup de billets, même d'1dollar seulement, donne l'impression d'avoir de l'argent. » C’est ce qu’il a dit lundi dernier au Figaro, qui n’a pas eu honte de le rapporter. (http://www.lefigaro.fr/conso/)

Lisant ça, on s’étonne d’abord que ce visionnaire n’ait pas été du gouvernement Raffarin. Cette Madame Irma de l’économie tente de nous endoffer avec un concept promis au succès : l’impression d’en avoir ! Il ne fallait pas seulement y penser, il fallait oser le sortir. Les mauvaises langues rappelleront que l’usine qui fabrique les billets de banque se trouve à Chamalières, Puy de Dôme, dans la circonscription du Fiston, mais ce n’est pas l’essentiel. Après la théorie de la relativité générale d’Einstein, l’impression d’en avoir est vraiment ce qui peut changer non seulement notre vie, mais notre vision de la vie, et donc l’avenir du genre humain. Imaginons les bienfaits qui en résulteraient : l’impression d’avoir un boulot, l’impression qu’il est bien payé et peinard, l’impression que tout va bien, l’impression d’être en bonne santé, l’impression d’avoir des idées, l’impression d’être un pays riche, etc.. J’ai personnellement l’impression que le fils Giscard ira loin.

mercredi 16 janvier 2008

La littérature à coups de Hachette

A la fin de sa vie, Paul Morand, écrivain prolifique et grand voyageur, publie un excellent livre : Venises. Au pluriel. Durant les quelques années qui lui restent à vivre, tous les interviewers aborderont la question de ce pluriel accolé au nom d’une ville, et ce cinéma durera même après sa mort, dans la plupart des textes sur l’auteur. Morand, homme pressé qui savait faire bref, avait semble-t-il trouvé une formule parfaite pour multiplier le sens d’un mot : le pluriel ! Emerveillés, les observateurs littéraires se rendaient compte qu’il existe plusieurs Venises, comme une femme mariée pendant trente ans au même homme peut dire mon maris ou comme un homme curieux pourrait parler de son idées fixes… Depuis lors, le procédé a été repris assez souvent. On fixe un S à n’importe quel mot, de préférence un nom propre, attirant l’attention à coup sûr. Pourquoi pas ?

J’aime beaucoup Riad Sattouf. Son dessin est efficace, à la fois enfantin et expressif. Il a un talent d’observateur hors du commun, un sens de l’humour assez particulier et une sorte de bonhomie qui me plait. Ses mini planches sur La vie secrète des jeunes sont, de très loin, ce qui a le plus de valeur chaque semaine dans Charlie Hebdo. En 2005, Hachette a publié son Retour au collège dans une collection intitulée Hachette Littératures, avec un S, et je viens de le lire.

Ben voyons...

Foutre un S à littérature signifie probablement qu’il y a plusieurs sortes de littératures : la bonne, la mauvaise, la grande, l’insignifiante, la française, l’étrangère, la classique, celle d’avant-garde et celle à l’eau de rose, etc. Bon. Hachette veut peut-être nous dire que tout ce qui est susceptible d’entrer dans ces catégories disparates sera publié, car il est permis d’envisager du fric avec tout. Là où l’innovation est de taille, c’est quand on range les œuvres de Riad Sattouf sous cette lumineuse appellation. Le retour au collège (très bon, par ailleurs) est une bande dessinée, ou un reportage dessiné, enfin c’est un machin avec des dessins dedans, ou des dessins avec un machin autour, mais en aucun cas de la littératures ! Je suis prêt à parier que Sattouf lui-même se marre en se voyant bombardé dans ce genre de truc.

Flaubert disait que « les bourgeois ont la haine de la littérature ». Les marchands en particulier, et ça ne s’arrange pas. Ceux qui nous gouvernent ont même probablement la haine, ou le mépris de tout ce qui n’est pas producteur d’argent : littérature, musique, etc. Ils font donc tout leur possible pour démolir l’art en prenant garde d’en tirer quand même profit. On arrose les oreilles du genre humain de musique non stop, jusqu’à ce qu’elle ne serve plus qu’à vous accompagner dans le métro, ou patienter chez le dentiste, et on noie la littérature dans un ensemble hideux qui fait mentalement voisiner Proust et Pouchkine avec Marc Lévy ou Titeuf. Quand on aura compris que Riad Sattouf fait de la littérature, on n’aura probablement plus besoin d’aller lire autre chose pour l’apprécier… Depuis quelques décennies, on se demande si la BD est un art, si elle est un art mineur ou majeur, le huitième, le neuvième, le dixième art… Pour répondre à ces questions, il aurait suffit que la BD produise des œuvres magnifiques et profondes, à l’instar de la peinture, de la musique, de la poésie, et l’insoutenable incertitude s’arrêtait d’elle-même... Hachette a trouvé une solution plus rapide : la BD, c’est de la littérature. Certains prétendent que les jeunes ne lisent plus (sous entendu : de la littérature) ? Faux, répond Hachette l’astucieux !

Des paranos annoncent depuis longtemps la mort de la littérature, de la politique, de la philosophie ou du bon vieux temps. Hachette a trouvé un dérivatif à cette prédiction en mettant tout ce qu’on imprime sur des feuilles de papier dans la catégorie de la littérature, garantissant ainsi à cet art vénérable une solide éternité, tant qu’on imprimera de la bande dessinée, des calendriers de la Poste ou des pubs pour les boîtes de Ronron.

dimanche 13 janvier 2008

Les Ninjas du Christ

Des prêtres ayant la tâche et l’honneur de balayer la basilique de la Nativité à Bethlehem, après la célébration de Noël, ça doit donner ça :

Pax christiana...

Ça a donné ça !

Au nom du Père (ouch!), du Fils (aïe!)...



... et du Saint-Esprit (vlan!)


La répartition des rôles et des zones d’action des prêtres grecs orthodoxes, arméniens et catholiques est pourtant réglée d’une façon stricte, mais les orthodoxes sont par nature taquins, c’est bien connu, et cette année, ils voulaient empiéter sur la partie arménienne… L’arménien, légendairement accueillant et placide, n’en est pas moins susceptible et très attaché au protocole, garant du bon fonctionnement de cette religion de paix et d’amour. Et ce fut bientôt une virile explication entre 80 prêtres et fidèles, à coups de balais et de barres de fer, obligeant la police palestinienne à intervenir.

Sept blessés furent évacués à l’hôpital de Beit-Jala, où, selon notre correspondant sur place, il fut jugé préférable de les achever.

Nouvel Observateur de culs

Les immondes... ils ont osé!


Le Nouvel Obs a eu la riche idée d’illustrer son numéro sur Simone de Beauvoir d’une photo la montrant nue, de dos, titrée « Simone de Beauvoir, la scandaleuse ». Pour toute personne connaissant un chouia d’histoire de France ou ayant dépassé les 50 ans, cette photo ne fait pas oublier le personnage que Beauvoir a été, ni sa vie, ni son œuvre. Pour quelqu’un qui serait né après la mort de la dame et qui n’en aurait jamais entendu parler, le titre et la photo pourrait la faire passer pour une tenancière de bordel, une stripteaseuse révolutionnaire ou simplement une femme qui vécut de ses charmes. Evidemment, la lecture de l’article démentirait vite fait cette erreur.

Les Chiennes de garde, qui ne font après tout que leur métier de molosses, s’en sont pris à la direction du Nouvel Obs pour exiger soit des excuses (bien que leurs propres fesses n’aient pas été en cause), soit que Jean Daniel montre aussi ses fesses.

Sous les fenêtres du canard, des pancartes réclamaient : "on veut voir les fesses de Sartre", "on veut voir les fesses d'Aron", "on veut voir les fesses de Levinas", "on veut voir les fesses de Jean Daniel" ! Pour l’instant, hélas, la direction du Nouvel Obs n’a pas donné satisfaction…

En exclusivité pour toutes les femmes humiliées par cet affront, Beboper est en mesure de dévoiler la prochaine couverture du fameux hebdomadaire, conçue pour « appliquer une égalité de traitement » au patrimoine philosophique français d’après-guerre. Vive les femmes ! Vive les zommes ! Vive la philo et vive la France !

un peu de parité...

vendredi 11 janvier 2008

La musique tue !


Dans le langage courant (et dans la réalité), un lien curieux unit les jeunes et la musique. On n’envisage jamais qu’un être humain, et surtout pas un jeune, puisse répondre NON à la question de savoir s’il aime la musique. On a le droit de détester la peinture, de chier sur la littérature, de se fendre la gueule à l’idée même de poésie, mais la musique, il va de soi qu’on l’aime. Comme ils sont par nature grégaires et aiment appartenir à un groupe, les jeunes eux-mêmes s’entre-excluent (néologisme hasardeux ?) en fonction du type de musique qu’ils écoutent, et le phénomène n’est pas vraiment nouveau. Loin de rapprocher automatiquement les gens, comme les promoteurs naïfs de la World le claironnent, la musique est souvent de facto une façon de les jeter hors de votre univers.

Il semble probable que le succès planétaire de la musique trouve son origine à la fois dans les moyens personnels d’écoute ultra légers, et dans la nature même de cet art, immatériel, permettant la passivité du sujet, voire son occupation à tout autre chose que l’écoute. Il est parfaitement « possible » d’écouter le Miserere d’Allegri en démontant les pneus de sa bagnole, par exemple, alors que la lecture exige l’attention totale, qu’il s’agisse du bulletin météo, d’un horoscope, d’une galéjade insignifiante et même de ce blogue ! Un ahuri contemporain, disposant de quarante mots de vocabulaire et brûlant des bibliothèques le samedi soir parce que ça le fait grave aura entendu 500 fois plus de musique dans sa vie de merde que Voltaire, Victor Hugo et Marcel Proust réunis, même et y compris en comptant les années passées en taule.

Un succès aussi général, une unanimité si complète doivent forcément nous rendre la musique suspecte. Bien sûr, l’anthropologie nous a appris qu’il n’y a pas de société humaine sans musique, et qu’entre toutes les formes d’art, elle fut probablement la première à naître. Mais le premier mec qui a tapé en rythme sur un caillou ne se doutait pas que cinquante mille ans plus tard, il serait impossible de rien faire dans le monde sans musique. Comment ne pas s’interroger sur l’absolutisme musical? Comment faire semblant de ne pas remarquer qu’on met de la musique PARTOUT, et tout le temps ? Vous patientez au téléphone : musique. Vous prenez le bus : musique. Vous chiez dans un hôtel : MUSIQUE ! La musique est sans aucun doute une compagne indispensable à l’Homme, comme la parole, la pensée et les charentaises, mais la part qu’elle a pris dans nos vies est si invraisemblablement grande que la musique tend, paradoxalement, à ne plus rien représenter du tout. A cet égard, les progrès techniques étant ce qu’ils sont, il est parfaitement cohérent qu’on arrive à considérer comme normal de disposer gratuitement de musique. Quand l’eau est rare, on l’économise et elle coûte cher. Quand on vit au bord d’une rivière, l’eau a tendance à tout envahir et son prix ne représente plus rien.

Dans un monde où les images n’étaient produites que par un petit nombre d’artistes, elles inspiraient un respect confinant au sacré. On leur prêtait tellement de pouvoir que des courants s’opposaient à leur production, allant même jusqu’à les détruire à l’occasion, par exemple, des guerres de religion ou de la révolution française. On ne détruit pas à coups de marteau ce qu’on pense sans effet… Avec l’invention de la photographie, et la diffusion progressive des images dans tous les foyers, celles-ci perdirent leurs prérogatives, à commencer par le privilège réducteur de ne représenter que les plus hautes actions, les plus grands sentiments, la beauté dans toute sa splendeur. On arriva bientôt, et naturellement, à ne plus considérer l’image que comme un machin pouvant servir à tout, à représenter le Christ, la mort de Gavroche ou un paquet de papier cul. Normal, logique. Nous en sommes là avec la musique. Comme on en dispose en permanence, partout et quasi gratuitement, elle perd toute valeur réelle alors même que personne n’est prêt à s’en passer. On n’y fait plus aucune attention, pas plus qu’on ne consacre de temps à goûter l’air qui nous fait vivre.

La musique, dont il est écrit que nous l’aimons tous, ne peut plus prétendre s’infiltrer partout et ne pas subir d’examen critique en tant qu’envahisseur. Dans un livre passionnant intitulé OUI, Salvador Dali la critiquait même en tant qu’art (très limité, selon lui) et posait cette question : « Pensez à un piano qui donnerait soixante-quinze mille sons différents : les peintres sont dans ce cas. » Il redonnait sa vision des limites de cet art totalitaire dans cet entretien avec le professeur Laborit en 1970



Un teenager moyen se sentirait probablement démuni s’il ne possédait pas l’appareil lui permettant d’emporter 3 GO de zicmu dans l’autobus. La société Taser, que l’actualité m’a amené à évoquer dans un précédent article (Un homme est mort), fabrique des sortes de révolvers électriques destinés à maîtriser n’importe quel salopard voulant vous piquer votre sac à main. Les polices du monde entier utilisent des Taser quotidiennement, pour le plus grand profit de la sécurité publique et des actionnaires de la boîte. Or, le nouveau catalogue Taser propose un produit innovant, illustrant mon propos, qui marrie l’exigence de sécurité individuelle dans nos villes-jungles et le goût pour l’art lyrique : le TASER MUSICAL !

http://www.taser.com/PRODUCTS/CONSUMERS/Pages/C2.aspx

Dans un même produit :

1- un baladeur vous isolant du monde

2- un outil électrique de défense vous protégeant du monde

Rien d’illégitime là-dedans, n’est-ce pas ? Mais la perspective de voir un type à oreillettes musicales balancer un coup de Taser à un nuisible tout en continuant d’écouter son boum boum nous fait réellement entrer dans un autre âge… Vous avez droit à la musique, même pendant l’agression, même dans l’émeute, même sous les balles ! Pendant le chaos, la cacophonie continue ! Désormais et grâce à Taser, rien ne pourra plus entraver la marche triomphale de la musique, rien ne pourra plus faire obstacle au droit universel de consommer des sons. En plus de la transpiration et des risques de griffures, la mise hors d’état de nuire d’un individu comportait bien des désagréments, dont celui de passer le temps du pugilat les oreilles vides : ces temps obscurs ne sont plus : vive Taser, vive la sécurité, vive la musique !

mercredi 9 janvier 2008

... suite illustrée du propos d'hier.

J'en suis désolé pour les admirateurs de Jim Jarmush, dont je suis, mais je n'ai pas pu m'empêcher...

video

mardi 8 janvier 2008

Scénaristes en grève: la routine

Les scénaristes de cinéma et de télévision américains sont en grève depuis deux mois. En gros, ils réclament plus de fric, ce qui est la moindre des choses quand on veut prendre une part entière du roman de notre époque. En face d’eux, toujours refusant, les gros studios de production, c'est-à-dire des gens qui ne seront sympathiques à personne, ni au CGB ni ailleurs.

Pour soutenir la grève, quelques vedettes du cinéma national se sont prêtées à de petites actions pour démontrer l’utilité des scénaristes dans cet art collectif qu’est le cinoche. Parmi elles, Woody Allen, qui sait de quoi il parle en matière de scénar puisqu'il a écrit lui-même la plupart de ses quarante films. Je pense que le public américain fera une différence entre ces petites séances et ce qu'il voit d'habitude, mais en regardant celle-ci, on a l’impression qu’Allen tourne dans un film français !


Le thème de "l'action" et le rythme rappellent aussi Coffee and Cigarettes de Jarmush...

lundi 7 janvier 2008

Une exception française: geindre.

Aucun atout pour l'avenir: quelle galère!


L’express publie un article assez succinct sur une « enquête mondiale » sur le moral des jeunes. http://www.lexpress.fr/info/societe/dossier/jeunes/dossier.asp?ida=463508

20 000 pélots en Europe, Asie et Amérique du nord ont donc été interrogés sur leur vision de l’avenir, et, pour faire synthétique, les Français sont ceux qui « y croient » le moins. L’article nous montre les réponses internationales à des questions assez burlesques, comme « la belle vie, est-ce devenir célèbre ? », censée repérer les aptitudes à chérir ce « bling-bling » qu’on évoque en boucle depuis un mois, pour s’en gausser, mais qui fait l’armature conceptuelle des journaux du genre de Paris-Match depuis cinquante ans.

L’Express relie le résultat de son enquête à mai 68, sans que le lien nous soit expliqué, d’ailleurs. Mai 68 – mai 2008, il va y avoir un chiffre « rond » (tu parles d’un élément signifiant !), il faut donc qu’on fasse des bilans, qu’on blablate autour du truc, et qu’on vende de la feuille. Le jeune Français est donc représenté comme un grand garçon qui a peur du monde, qui pense, entre autres, qu’il ne faut pas trop l’ouvrir pour être bien vu (il a raison), qui estime que les gens ne peuvent pas changer la société (bingo !), et qui affirme ne pas vouloir payer des impôts pour les vieux ! A une époque où le téléthon draine des milliards, où un chanteur ne peut plus chanter que pour défendre des victimes, où on ne trouve plus de paquet de chocolat qui ne réserve un quelconque pourcentage de son prix de vente à l’aide d’innombrables malheureux, où le moindre slogan pubard pour un slip en coton harangue le citoyen à coups de liberté ! et de résistance ! il est étonnant que les 16/29 ans se sentent si peu en phase avec leur temps…

Il y a bien sûr quelque chose d’irritant à écouter les opinions toutes tranchées d’un Nils, 28 ans, français, imprimeur, qui affirme, du haut de son incommensurable expérience que « se réorienter, c’est presque impossible », mais si c’est une parole représentative de l’opinion des jeunes cons, alors écoutons-là. Trouver du pathétique dans les résultats d’un sondage qui prend pour cible les 16/29 ans, c’est un peu la règle du jeu. Nos sous-trentenaires sont donc pessimistes, ils sentent que le monde est méchant avec eux, qu’il n’y a pas d’avenir et que les sports d’hiver deviennent hors de prix. Chacun de nous a déjà dû entendre aussi cet argument scientifique : « Ouais, heu, mais avant, c’était pas si difficile ! » et que dire devant autant de justesse ? Pour un jeune frenchy né en 1920, par exemple, la vie sous Hitler n’empêchait pas l’optimisme, pas plus que les déportations, les bombardements et la guerre d’Indochine. Pour son fils, s’il avait pu échapper à la fois au charme de Staline et à la guerre d’Algérie, l’avenir fut radieux. Les soirées au coin du feu étaient l’occasion de longues discussions avec pépé, seul de sa large fratrie à n’être pas mort totalement entre 1914 et 1918, ce gros veinard. Non, il n’y a pas à dire, aucune génération, pour ne prendre que le siècle dernier, n’a eu autant de raison d’avoir peur de l’avenir que celle de nos pauvres 16/29 ans. L’I-Phone, par exemple, qui peut savoir s’il est réellement water proof ?

C'était l'bon temps!

L’Express nous permet d’apprendre que selon Etbissem et Najoua, 22 et 23 ans, françaises, étudiantes en langues : « Un nom à consonance étrangère sur un CV, ça aide pas. » L’évocation de cette simple phrase, au-delà même de ce qu’elle peut avoir de vrai ou de faux, fut pour moi comme une replongée dans l’insouciance de mon adolescence, un temps où l’on vit dans une sorte de bulle, un temps en dehors du temps et du monde, où la réalité ne pénètre que rarement, et fortement déformée par le romantisme, l’ignorance, la fraîcheur naïve, un temps où l’on ose encore toutes les affirmations, mêmes les plus hardies, pourvu qu’elles soient ridicules. Hé oui, chères jeunes femmes stigmatisées, profitez de votre jeunesse, balancez ce qui vous passe par la tête, continuez de dire qu’un nom à consonance étrangère, « ça aide pas », MEME dans un pays qui vient d’élire à 52% un fils de hongrois nommé Sarközy de Nagy-Bosca…

Ce que ce sondage ne révèle pas, mais permet d’affirmer, c’est que les jeunes générations ont intégré à la perfection que nous sommes entrés dans un nouvel âge de la civilisation : l’âge plaintif.

Si l’on observe ce que font les humains depuis l’origine des temps lorsqu’ils sont dans la merde, on doit logiquement en conclure que les jeunes français de 26/29 ans vont bientôt émigrer en masse. S il ne trouve plus sa pitance, ni l’espoir d’en retrouver, l’homme se tire, c’est une règle aussi universelle que la gravitation, à moins qu’il soit devenu trop faible pour seulement sortir de son trou. Mais devons-nous croire que nos jeunes colosses d’1M85, si à l’aise sur des skateboards bariolés, si concernés par le réchauffement climatique et la paix dans le monde en soient déjà là ? Non. Nous sommes donc à la veille d’un départ en masse de nos forces molles vers un ailleurs appétissant, et nous leur souhaitons bon voyage.

dimanche 6 janvier 2008

Don d'organes: mourrons sympa !

Retournez l'image: Oh, un splendide bouquet !


De temps en temps, une association quelconque nous rappelle les bienfaits du don d’organes. Au moment où l’on s’y attend le moins, (mais s’attend-on vraiment à ce qu’on nous fasse jamais une telle requête ?) on vient nous dire que tant de gens attendent un rein, un œil, un cœur ou un gros orteil gauche, comme si cela concernait tout le monde, comme si le mec qui a la malchance d’avoir le cœur fragile comptait sur nous pour le dépasser en malchance, et crever.

Le don d’organes est un domaine où, paradoxalement, on utilise les arguments de la logique la plus matérialiste pour convaincre qu’une fois mort, vos boyaux ne serviront plus à rien. Cette injonction à mourir utile est une variante particulièrement gonflée du consumérisme moderne, un apogée dans ce que la société est capable de demander au pékin moyen en matière de sacrifice. Bien convaincu, tout au long de sa vie, qu’il ne travaille que pour avoir de l’argent, et qu’il n’a d’argent que pour le dépenser et faire tourner le système, le clampin de base que je suis devrait aussi appliquer cette règle post mortem et continuer d’être au service de la communauté jusque dans le sapin. Niet !

Imaginons un citoyen religieux, croyant, assuré en son for intérieur qu’il possède une âme, qui est tout, vouée à la vie éternelle auprès de dieu, tandis que son corps, poussière passagère, n’a qu’une importance temporaire. Si en plus la religion de ce brave homme postule l’aide à autrui comme règle de vie, et l’amour comme ambition suprême, on comprend parfaitement que nous avons là le client rêvé, idéal, parfait, indépassable pour le don de ses organes. Une paire de poumons, qu’est-ce que c’est comparé au souffle divin ? Un œil ou même les deux, face à la lumière de dieu ? Un authentique croyant devra se soucier comme d’une guigne de son méprisable amas de tissus, il ne jettera certes pas la moelle osseuse par les fenêtres, mais il se montrera généreux avec ceux qui n’ont pas encore la chance d’être entrés dans le temps éternel. Ses organes sont à vous, il n’y a pas à discuter.

Considérons maintenant un citoyen athée. Pas agnostique, douteux, déiste, flanchant : un athée pur et simple pour qui dieu n’existe pas, pour qui il n’y a pas de paradis, pas d’enfer, pas d’âme, aucun arrière monde formidable ni terrifiant, nib. Cet athée-là ne possède en propre que son corps. Sa richesse, son avenir, il les porte sur lui en permanence. Il sait que la mort ne lui apportera rien, et même qu’elle lui prendra tout. L’éternité pour lui, ça ne dépasse pas le sentiment qu’on éprouve en poireautant sur un quai de gare, un jour de grève. Comme il ne croit à aucune promesse de vie après la mort, qu’il ne l’envisage même pas, pas plus que la réincarnation, le karma ou la métempsychose, il se contente de son corps et de tout ce qu’il permet, des aptitudes physiques comme des envolées lyriques. Ce brave sera tout naturellement porté à vouer un intérêt jaloux à sa propre personne, à sa santé, à ses bras et jambes, à ses reins, ses oreilles, sa bite, enfin à tout ce qui devient objet de convoitise dans cet âge moderne d’abondance. Il sera également fondé à vouloir conserver son unique richesse entière, jusque et y compris dans la tombe. Comme il n’espère et n’attend rien, n’attendons rien de lui.

Part.Vds foie neuf, jamais servi, garanti non-fumeur.


Evidemment, une fois mort, un organe ne sert plus à grand-chose, sauf à faire bonne figure malgré tout. Question de dignité que chacun juge à sa propre mesure. Mais qui a dit qu’un organe devait servir une fois son créateur mort ? D’où sort cette lubie ? Quand on enterre un macchabée, que je sache, on ne le roule pas en boule dans un trou vite bouché, on ne lui ôte pas ses dents en or, on ne le manipule pas au tractopelle, merde ! Or son corps, c’est incontestable, ne lui « sert plus à rien » ! Non, la différence avec ces enculés d’animaux, c’est que nous, humains, nous aimons ce qui ne sert à rien, nous y voyons un sens, nous avons besoin de ça. Ne servir à rien, c’est utile ! Nous inventons des rites splendides (et des discours banals) pour enterrer nos morts, nous les parons, nous les habillons, nous leur faisons des cadeaux, nous leur offrons des bijoux, nous les embrassons ! Tout ça ne sert à rien. Nous posons un bloc de pierre sur le sol et, encore plus inutile, nous venons nous y recueillir de temps en temps, cons que nos sommes, comme si le granit goûtait les sanglots étouffés ! Mais c’est l’exacte différence qui nous distingue des porcs et des scolopendres.

Chacun d’entre nous connaît ou peut-être fréquente des gens qui ne se servent pas de leurs organes. Je veux dire de TOUS leurs organes… Un glandu pétant de santé, par exemple, non fumeur, qui ne se promène jamais en montagne ni ne fait de vélo. Et pour que le cas soit tranché, imaginons que cet oisif soit écrivain, ou blogueur assidu ! Il est incontestable qu’un individu aussi minable pourrait TRES BIEN se débrouiller avec un seul poumon. Une vie passée le cul collé à une chaise ne réclame pas des éponges modèle suisse ! Pourquoi ne pas envisager de retirer un poumon surnuméraire de cette poitrine paresseuse pour le greffer dans celle d’un authentique nécessiteux : un gros fumeur, un chanteur d’opéra, un tribun populiste ? Et le coude gauche de ce pompiste flegmatique, ne serait-il pas plus utile à la société s’il s’entait au bras d’un célèbre tennisman tricolore trop souvent blessé ? On fabrique des fausses dents, certes, mais des femmes qui ne rient jamais s’enorgueilliraient de fournir à Ségolène Royal une salle à manger 100% naturelle !Elle a la France à charmer, tout de même ! Après tout, pourquoi faudrait-il attendre la mort d’un donneur pour que le citoyen demandeur jouisse de son droit de vivre en bonne santé ? (et je ne veux pas aborder le sordide sujet du trafic d’organes que d’épouvantables ordures volent à des malheureux pour fournir ces putains de demandeurs, c’est trop pour moi).

Le double anus: une rareté très recherchée

Ce diktat de la communauté sur l’individu vise à lui retirer ce qu’il a en propre, son individualité même, son intégrité physique, au profit d’un autre parfait, logique et irrémédiable : la victime pantelante dont le sort est suspendu à nos tripes. Puisque l’histoire nous met provisoirement à l’abri des guerres, périodes où le sacrifice individuel est au pinacle des valeurs morales, la science, dans son volet médical, exige de nous aujourd’hui la même abnégation dans d’autres combats. Donnez votre sang ! Comme à la guerre, citoyens Poilus, versez-en de bonnes rasades pour le bien de tous ! Mais les avancées de la science étant ce qu’elles sont, donner son sang ne suffit plus, ce sont des tranches entières de nous-mêmes qu’il faut à présent sacrifier sur l’autel de l’altruisme. Que la société demande, insiste puis exige moralement ce genre de sacrifices serait presque un progrès au regard de ce que nos ancêtres ont vécu. Mais qu’on ne puisse plus refuser ce principe sans passer pour un rétrograde attardé ou un égoïste inconcevable (et le demandeur, attend-il mon foie par altruisme, peut-être ?) est sans doute le signe qu’on peut vraiment TOUT demander, tout faire au Français moderne.

samedi 5 janvier 2008

Parti socialiste: les tout-petits, coeurs de cible.

Malgré une enquête scrupuleuse, il n’est pas encore possible d’établir avec certitude qui a eu l’idée du nouveau concept publicitaire du parti socialiste français. Les responsables et les techniciens interrogés restent vagues sur le sujet. Toujours est-il que l’affaire risque de faire jaser. J’explique.

Après la dernière élection présidentielle, il s’est trouvé des gens, à gauche, pour réclamer que le parti socialiste se débaptise, et adopte un nom plus en accord avec ses ambitions. Certains petits malins, à ce sujet, suggérèrent même qu’il n’adoptât pas de nom du tout… Passons. On entendit ici ou là des propositions, principalement orientées vers l’abandon de la référence au socialisme. La socialisation des moyens de production, qui s’en réclame encore ? demanda François Rebsamen, futur homme important de la gauche mondiale. On semblait pencher vers l’allusion « sociale-démocrate », mais la question fut éclipsée au profit de celle, plus importante encore, du maintien du parti en une seule entité ou de son éclatement.

La question de la dénomination n’est pas encore tranchée, et sera peut-être repoussée aux calendes grecques, mais on s’est déjà occupé du logo : on le garde. La rose au poing est comme une marque de fabrique, explique Hubert Blitz-Gemütlich, chargé de com au PS. Des sondages sérieux nous démontrent que l’emblème est « connu et identifié des Français » à 93%, ça vaut tous les discours. Nous avons donc là un véritable capital qu’il convient de gérer avec prudence et respect. Les nouvelles générations aussi y ont droit ! En effet, la campagne socialiste s’occupe des nouvelles générations, en pleine rupture avec les habitudes poussiéreuses. Nous avons décidé d’un partenariat avec un grand fabricant de couches pour bébés (c’est Pampers), en ayant conscience de briser un tabou. Les couches culottes vendues en France seront désormais marquées du célèbre logo du parti socialiste, une Rose Au Poing (Rap, nom de code de l’opération), mais, et je vous prie d’insister sur ceci, sans aucune mention ou référence écrite au parti. Juste le logo.

S'imposer sur le marché de la petite enfance citoyenne...


Michel Rocard, consulté au tout début de l’opération, avait suggéré un message plus complet aux nourrissons : une copie de son discours de politique générale du début 1989, mais il dût se ranger aux arguments contraires : les bébés ne comprendraient pas l’essentiel. Le logo, censé faire appel à une région du cerveau qui ne s’embarrasse pas de détails, agira comme une marque bienfaisante sur les fesses de bébé. Celui-ci s’habituera au voisinage du symbole dès les premières heures, familiarité inconsciente, certes, mais réelle. En les habituant ainsi, on diminue le risque de les voir s’effrayer plus tard quand ils comprendront la chose, nous assure Noémie Moins, responsable du PSB (Parti Socialiste Bébés) en Guyane française, et par ailleurs pédiatre. Comme tous les objets, souvent inutiles, qui se trouvent à portée de sa main, un logo constituera une part de l’environnement de bébé, une chose rassurante qui est là, c’est tout. Les premières années de notre existence sont déterminantes pour notre avenir et donc, dans le cas qui nous occupe, pour la France !

Comme souvent au PS, les langues se délient, surtout les mauvaises. Les couches culottes, c’est fait pour chier dedans ! On n’était pas assez dans la merde, non ? s’étouffe Léon, militant de toujours, rencontré à la pause café. Un camarade plus coopératif, tirant furtivement sur sa clope, ajoute que si les mioches s’habituent à voir partir le logo du parti à la poubelle avec la couche culotte qui le porte pendant leurs jeunes années, ils risquent « de reproduire le schéma dans l’isoloir ». C’est bien connu en analyse comportementale post-traumatique, mais ça, les grosses têtes de la com ne veulent pas l’entendre ! On reconnaît bien la tradition de liberté de parole propre à la gauche française.

Malgré ces mauvais coucheurs (si vous me permettez ce jeu de mots dans une circonstance aussi sérieuse), l’idée semble intéresser, notamment à droite. On a vu Patrick Devedjian dîner avant-hier soir en compagnie de Raoul Farouche, Pdg de Couches Culottes Auchan France, et il n’en a pas fallu plus au député Santini pour lâcher un « On est propres ! » qui en dit long…