mardi 30 septembre 2008

Un Oscar pour Ségolène!

Que le Spectacle commence!

Une société ne pouvait pas s’engouffrer dans le culte de l’image au point que nous connaissons sans produire un effet sur la politique elle-même. Quand des techniciens à catogan passent des semaines à peaufiner le look d’un aspirateur ou l’ambre d’une biscotte, on peut comprendre que les politiciens aussi soignent leur image. OK. Qu’ils le fassent avec cet affligeant conformisme et le redoutable mauvais goût que chacun constate est une autre histoire, mais nous ne pouvons pas espérer y échapper. A moins d’avoir les yeux totalement bouchés, on ne peut pas NE PAS se souvenir de Ségolène Royal des années 90 : grassouillette, laide, sans grâce, les dents de traviole. A l’époque, en revanche, elle n’apparaissait pas particulièrement débile, ni particulièrement brillante d’ailleurs : un ministre comme on en trouve à peu près partout, qui parle de ce qu’il fait semblant de connaître. Or nous avons aujourd’hui une diva au sourire florentin racontant à peu près n’importe quoi sur tout. On voit donc qu’elle a fait des efforts considérables dans le domaine qu’elle estime capital : le look. En quinze ans, elle a gagné en beauté plastique ce qu’elle a perdu du peu d’intérêt que ses mots pouvaient avoir pour les moins exigeants d’entre nous. Elle a sciemment changé en fonction de ce qu’elle croit que le Français attend. Elle n’a peut-être pas tort…

Le show de Ségolène Royal au Zénith met mal à l’aise pour deux raisons principales : parce qu’elle s’y montre d’une maladresse inouïe en tant qu’actrice (« on a honte pour elle » dit-on partout), mais surtout parce qu’on la voit enfin décidé à faire ce qu’il faut pour gagner : un spectacle. On le sait désormais, elle va mettre le paquet. C'est un pas de géant qui vient d'être franchi dans la starisation des élites politiques, là, sous notre blair. Qu’elle se présente au Zénith en nuisette pourrait surprendre : autant s’y habituer, cette tenue annonce clairement que l’intimité de la star sera servie à tous les repas. Qu’elle soit élue un jour, et les mises en scène pipolisées de Sarkozy nous paraîtront timorées en comparaison. Nous sommes là au seuil de son loft personnel, la loft story qui montre tout de Ségolène ! Nous l’avons vue en tunique flottante, nous la verrons en short, prenant négligemment son thé en culotte, sortant de son bain couverte seulement d’une serviette enroulée, la lumière éclatant sur les perles d’eau parsemant les épaules, nous la verrons peut-être au lit, éteignant dans un geste plein de douceur la lumière après la prière du soir…

Ségolène Royal: la chirurgie au service de la France.

Ce qu’elle dit ne mérite sûrement pas une analyse très fine : pour la finesse, qu’elle commence d’abord. Mais un simple coup d’oreilles suffit à confirmer qu’au contraire de ses cheveux, désormais bouclés, rien n’a changé dans le « message » royalien. Elle fait une longue litanie de ce qu’on reconnaît comme des mœurs politiques banales : pressions, menaces, trahisons, combats, oppositions, luttes, etc, pour prendre à témoin son public de faux jetons : voyez ce qu’ils m’ont fait ! Mais que veut-elle dire au juste, que les gens ne sont pas gentils avec elle ? Que le peuple, comme un seul homme, ne s’est pas levé pour lui donner les clés du pouvoir malgré ses adorables pommettes ? Que la politique est un dur métier ? Qu’elle est la seule à ne pas céder à ses règles ? Qu’elle n’a jamais fait acte d’autorité envers un détracteur, fût-il de son camp ? On a du mal à imaginer un candidat à la présidence d’une nation nucléarisée venir se plaindre publiquement qu’il fait un boulot difficile. S’il n’a pas les épaules, qu’il aille se faire foutre ! Et qu’il le fasse avant d’être élu, de préférence !

Rien n’a changé dans le discours ? Presque : soudain, elle demande « à quand les interdictions de délocaliser, de licencier… ? » (05: 53 sur la vidéo, allez-y voir) et là, c’est comme si le temps et l’espace se confondaient pour ouvrir autre chose, une ère comique et burlesque où plus rien n’aurait d’importance, où plus rien n’aurait de sens, un temps éternellement adolescent où chaque parole pourrait être dite au moment où le caprice le souhaite, sans qu’aucun rapport avec la réalité ne soit recherché. La parole spontanée, libérée enfin des contraintes du sens, de la logique, de la cohérence et de la vraisemblance. Par ces mots, que le show entier renforce, Ségolène Royal entre enfin dans la récente mais active tradition des responsables politiques français qui surent dépasser les anciennes règles du discours, surannées comme un vœu, démodées comme un serment. Du Chirac guevariste de 2002 au Sarkozy interventionniste d’aujourd’hui, en passant par le Raffarin compassionnel des années de plombs, elle n’est pas la première à se foutre des mots, à rigoler des concepts, à se torcher des conséquences, à dire l’inverse de ce qu’elle fait (ou fera) ni à chier dans la colle. Dans une même journée, dans le même instant, elle nous apparaît donc sexuée à mort ET divaguant totalement, elle se montre décidée à faire ce qui est sa profonde vocation, son unique projet : séduire. Il est incontestablement plus facile de séduire quand on s’est fait RETOUCHER LA BIDOCHE que quand on ressemble à un pneumatique hard discount, et quand on dit des choses magnifiques plutôt que la simple vérité. Le geste à la place du verbe, la beauté à la place de la stature, le sourire à la place du regard, la décontraction maladroite à la place du charisme.

Le meilleur candidat pour la France!

Sa gestuelle ferait honte à une élève de quatrième jouant dans un théâtre amateur le samedi après midi. On lui a conseillé de montrer son corps, de face, de ne plus poser derrière un pupitre censé représenter la barrière d’avec le peuple, de parcourir le plateau (« prendre la scène ») de long en large et de bouger les bras. Et de sourire, naturellement, mais la pauvre ne peut de toutes façons plus rien faire d’autre depuis sa dernière chirurgie plastique en date. C’est manifeste, elle fait une catastrophe de ces conseils-là. Les lèche-culs dont elle s’entoure lui passeront peut-être la main dans le dos en la félicitant, mais le reste de la France éveillée voit bien qu’en tirant un acteur sous-payé d’une série télé médiocre, pire : d’une série française ! on aurait fait cinquante fois mieux qu’elle. C’est d’ailleurs ce qui nous attend, en toute logique : les années qui viennent verront probablement apparaître sur la scène politique des candidats recrutés pour leur aptitude à parler (tout de même), à se comporter face aux médias et surtout pour leur plastique avantageuse. Comme les journalistes de télé, quoi ! Comme Carla Bruni, mais dans des fonctions plus officielles encore ! Quand on y pense, c’est tout bénef ! Aujourd’hui, le politique qui veut espérer un destin national doit entamer illico une cure d’amaigrissement, passer chez le maquilleur, chez le chirurgien esthétique, il doit embaucher un coach sportif, se farcir des livres sur la façon de parler du peuple, il doit lire l’Equipe chaque matin, il doit savoir se servir d’un ordinateur et répondre à la question « savez-vous ce qu’est un blog ? », il doit faire oublier son origine sociale privilégiée, faire du skate board, du vélo avec Michel Drucker, du free-style, il doit jouer d’un instrument (non, pas du violon : de la basse), ce qui fait beaucoup pour quelqu’un d’habituellement pressé, reconnaissons-le. Et puis il y a la barrière du physique. La chirurgie ne peut pas tout : on n’a pas encore réussi à donner l’allure de Clint Eastwood à un sénateur type. C’est donc écrit : nous aurons bientôt des acteurs, des gravures de mode, des beaux gosses et de superbes amazones comme dirigeants politiques. Quand on répète à l’envi que les politiques n’ont plus de pouvoir, que « tout a été fait » contre le chômage, et que toutes les idées se valent, il ne faut pas s’attendre à une grande fidélité de la part des électeurs. Et devant le niveau du discours et du débat politiques, on se dit qu’un acteur, même parfaitement idiot, pourrait y tenir un rôle sans trop se forcer. Si la politique ne sert à rien, pourquoi voterait-on pour des moches ? A tout prendre, un canon à l’Elysée, ça serait bon pour l’image de la France ! Choisis pour leur maîtrise de l’apparence et leur docilité, ces acteurs auront à jouer un rôle (gagner une élection présidentielle, par exemple), et devront par contrat secret laisser quelques conseillers occultes faire le vrai travail. Imbattables devant une caméra, ces pantins feront l’admiration de la ménagère et du patron de PME, empocherons les suffrages et laisserons leur nom dans l’histoire. C’est juste l’étape suivante de ce que Ségolène Royale tente de faire. C’est ce que le show du Zénith vient d’annoncer. Lecteur opportuniste, cours acheter des actions dans le domaine de la chirurgie dentaire ! Le pouvoir se gagnera avec les dents.

Philippe Muray l’a dit en son temps bien MIEUX que moi, Ségolène, c’est la femme d’une seule mission : sourire.

mardi 23 septembre 2008

Finlande: tout le monde descend

Avec Erasmus, viens étudier en Finlande!

L’information, qui est un grandiose piège à cons, consiste à chercher ce qui est nouveau, pour le donner en pâture au client. Que le nouveau soit la dernière robe d’une starlette ou un bombardement de clinique à l’autre bout du monde, qu’importe. Le client est satisfait : il a eu vent d’une chose dont il ignorait tout, qui ne le concerne généralement pas, et qu’il oubliera demain matin. Le must est atteint quand le « nouveau » n’en n’est pas du tout, et qu’on peut ressortir LES VIEUX ARTICLES. Je vais me gêner.

L’histoire se déroule en FINLANDE, c'est-à-dire nulle part…

lundi 22 septembre 2008

C'est le bonheur!

Un chercheur anglais vient de pondre une CARTE MONDIALE DU BONHEUR. Elle repose sur des enquêtes déclaratives auprès de citoyens du monde entier et sur des critères objectifs, comme la santé, la richesse, l’éducation, etc. Les Anglais, c’est connu, ne manquent pas d’humour.

Cette carte synthétise un CLASSEMENT, pays par pays, des endroits où le bonheur est le plus élevé, ou ressenti comme tel. Même si les critères qui l’ont construite ne me convainquent pas du tout, même si les questions qu’elle pose sont sujettes à caution, je trouve cette carte intéressante. Elle suscite en effet un étonnement de découvrir le classement du bonheur, la place que la France y occupe, le rang d’autres pays qu’on n’imaginait pas si folichons ! Et surtout, on est amené à s’interroger sur ce classement, à réfléchir à la question de ce qui importe peut-être le plus à la vie humaine, mais qu’on ne formule que rarement : le bonheur.



Evidemment, l’idée d’un bonheur global, collectif, d’un bonheur partagé nationalement est une absurdité. On ne peut pas imaginer d’autre juge au bonheur ou au malheur, que celui qui le ressent, l’individu. Ça pourrait même faire une belle série de questions : les lecteurs de ce blogue sont-ils heureux ? Ce blogue y contribue-t-il ? Ou, question ouverte par excellence, que faut-il pour que vous soyez heureux ?

jeudi 18 septembre 2008

Beauf story

On ne le sait pas forcément, mais Johnny Hallyday n’a pas fait que massacrer le rock : il a aussi massacré la bonne vieille chanson française.

Dans les deux extraits proposés, nous verrons d’abord Johnny au Sacha Show, en 1967. Il massacre une chanson des plus simples (deux accords, ré et la7) mais en lui apportant sa touche caractéristique : il prononce « gorile » au lieu de « gorille ». J’ai eu beau me pencher sur les plus complets dictionnaires de la langue française, je n’ai pas trouvé qu’un autre homo sapiens ait jamais appelé ainsi notre massif cousin.


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Mais il ne faut pas être trop sévère avec les idoles. Après tout, même Johnny peut avoir un défaut ! Nous lui pardonnons donc sans hésitation.

Le problème, c’est ce second extrait, tiré quant à lui de la splendide émission « Top à Johnny », et qui date de 1972, c'est-à-dire de cinq ans plus tard. Surprise : Johnny s’obstine à ignorer ce qu’un enfant de cinq ans connaît déjà, et rebombarde « gorile » le quadrupède innocent. Notons au passage la difficulté rencontrée dès que le vedette se risque à faire une phrase : Wouah, le rock, c’est pas du blabla, tu vois ?


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On me dira : tu tires sur une ambulance. Ben merde ! une ambulance comme ça, qui fit l’objet du culte nationalo raffarinesque, dont la France émue fêta le 60ème anniversaire comme elle fit, jadis, des funérailles formidables à Victor Hugo ! Une ambulance qui remplit non seulement les stades, mais ses poches ! une ambulance qui représente quelque chose pour des milliers de Francaoui pressés de payer de BELLES SOMMES pour l’entendre ! Et surtout, une ambulance qui sera honorée comme une icône nationale quand viendra l’heure de la Grande Soustraction et que, rendue au silence d’avant Lui, la France organisera un commerce de Sa Putréfaction... Ben merde !

Johnny n’est pas exécrable en raison de ce qu’il est : s’il fallait détester tous les nazebroques, on mourrait d’épuisement en moins d’un quart d’heure. Il représente simplement le triomphe du faux, le règne à prétention hégémonique des marchands de camelote. Il symbolise tout ce que l’époque met en place pour donner à bouffer de la daube au peuple ainsi méprisé : faux puits en plastique pour mettre dans le jardin, fausses poitrines de rêve, faux parquets imitation bois, yaourts « goût fraise », résidence de rêve à Palavos-les-flats, faux R’n B, fausses poutres apparentes en polystyrène, fausse « découverte de l’Egypte » en bus climatisé, faux événements soigneusement organisés par le Conseil régional, faux rebelles subventionnés, faux diplômes, faux emplois en CDD et tout ce que la tromperie invente chaque jour pour nous faire passer pour des cons.

Comme il est entendu que toute chose n’a de la valeur que si elle est dite « de masse », nous nous farcissons donc un « chanteur de masse » depuis près de cinquante ans (50 !) : ben merde !

mercredi 17 septembre 2008

Nostalgie d'avant-garde

Cadran solaire sur vieille pierre: art français. XXIè siècle.

Je ne suis pas un nostalgique, mais je regrette le temps où la nostalgie n’avait pas mauvaise presse. C’était le bon temps. On pouvait se permettre, luxe perdu, de parler du passé sans faire débuter sa phrase par la formule lâche qui ouvre mon texte. La nostalgie, en ce temps-là, n’était que le regret de voir les choses passer, et de savoir que ce mouvement nous attend tous. Evoquer la gloire du passé, c’était simplement souffrir de lui appartenir déjà, et pour toujours. Se savoir déjà mort, après tout, peut faire souffrir honnêtement. De là à demander un brin de compassion, ou simplement une tolérance, il n’y a pas grand crime.

Le passé est mort : comment l’évoquer sans lui marquer un certain respect ? Fait-on la bamboula dans les cimetières ? Danse-t-on aux enterrements ? Non, même sans être forcément sincère, l’homme civilisé se montre un peu retenu face aux morts. Si l’imbécillité ne l’a pas totalement gagné, il abandonne même les éventuelles rancoeurs au moment où disparaît celui contre qui elles s’exerçaient. Le pardon, l’oubli ? Je ne sais pas. Un apaisement probablement, fruit de la Grande Soustraction. Le souvenir des pires salauds est toujours moins nuisible, moins douloureux que les salauds eux-mêmes. Ils sont passés, ils ont néfasté tout leur soûl, mais réduits au néant, ils nous font souvent pitié. Alors, lorsque nous ne sommes plus historiens, nous pouvons nous aussi pardonner au temps d’avoir passé si vite. Un peu de retenue.

Il fut un temps où la nostalgie avait de l’avenir. Il faut dire qu’on n’avait probablement pas encore inventé le progrès, ni ses prêtres sourcilleux. On pouvait encore évoquer la douceur d’un passé sans paraître s’y complaire en jouisseur, et sans refuser qu’il vive encore un peu en nous. Vivre ne réclamait pas encore ce sacrifice. Aujourd’hui que le progrès (Progrès ?) est lui-même devenu l’objet d’une nostalgie clandestine, le Bien reprend le flambeau et, servi par ses implacables généraux, poursuit le nostalgique jusque dans les chiottes. C’est peut-être qu’en plus de sa sottise fondamentale, le curé du Bien se méprend sur la nostalgie elle-même. La nostalgie, ce n’est pas prétendre que « c’était mieux avant », c’est savoir que c’était tout aussi nul qu’aujourd’hui, mais qu’on y était, qu’on y vivait, et que ça nous a plu quand même. D’ailleurs puisque rien ne change, ou que le changement n’est rien, pourquoi aimer plutôt 2008 que 1978, par exemple ? Qu’est-ce qui fonde la supériorité de l’un sur l’autre ? Sa jeunesse ? Mais 2008 est tout aussi mort que 1978 : question de temps.

Il y a une douzaine d’années, je remontais souvent la vallée de la Saône vers le nord, depuis Lyon, pour m’enfoncer ensuite dans l’est rural de la Dombes. J’avais rapidement découvert un réseau de raccourcis plus efficaces, plus charmants, plus économiques que les voies expresses et les autoroutes, et qui me permettaient de traverser des villages sans intérêt. Un village sans intérêt est un village où il n’y a rien à voir, c'est-à-dire un village qui n’existe pas. Même dans le plus laid des patelins, il y a toujours quelque chose à voir : là aussi, question de temps. Le temps, justement, a passé. J’ai cessé de fréquenter ces parages et j’ai oublié les villages sans intérêt.

Il y a peu, une circonstance m’a de nouveau fait traverser le coin. J’ai retrouvé les anciennes routes avec la joie au cœur, heureux de reprendre à peu de frais, et pour une demi journée, ma vie d’alors. Mais j’ai découvert qu’en mon absence, on avait trouvé de l’intérêt aux villages qui n’en n’avaient jamais eu. Ces bleds-ci sont toujours aplatis le long d’une route bien droite, sans doute pour venir voir de loin les emmerdes : ça n’a manifestement pas fonctionné. Chaque village est maintenant annoncé par des lotissements, aussi roses, aussi laids, aussi minables qu’une publicité pour lotissement. La maison décrépite aux belles proportions qui se planquait depuis 1850 derrière son portail mal entretenu est maintenant enterrée derrière des haies de laurier toxique, des montagnes de barbecues made in Disneyland, des antennes paraboliques et des toits sans cheminée. Partout, le crépi rose bonbon, jaune ou rougeaud répond aux volets bleus, aux fenêtres en PVC et aux vérandas merdiques où rosissent des connes. Quand une piscine apparaît, d’autres piscines naissent, portées par l’esprit d’ostentation, par la jalousie de voisinage, l’émulation des blaireaux et la faiblesse du crédit. Piscines systématiquement bleu pétant, bien entendu. Une pincée de pavés autoblocants pour plage (je rappelle qu’il s’agit de béton coloré d’une épouvantable laideur), un grillage à poules comme horizon, et le nid est prêt !

Vivre mieux: c'est possible!

Cet empire du barbecue s’étend, il progresse sous nos yeux, il déferle avec la lente indifférence des cancers. Comme d’habitude, la stratégie d’évitement est la seule qui nous convienne. « J’aimerais pas y vivre ! », se dit-on dans un soupir, sitôt le virage passé. Mais en sortant du village, la vision dantesque revient : un autre lotissement ! Une nouvelle plongée symétrique dans le néant architectural ! Cette fois-ci, on a transformé un ancien pré à purin en coquette pâtisserie de parpaings : seize maisons sur 3000 mètres carrés forment l’asile idéal pour les dépressifs. Un ruban de goudron noir clinquant atteste de la fraîcheur du lieu, de sa récente effraction dans le monde paysan. Partout, des murets se construisent, on y plante le même grillage que les temps anciens réservaient aux clapiers, on y arrose un thuya famélique, mais qui saura bien fournir de la sciatique et du lumbago à deux générations de tireurs au cul. Un insensé a même déposé un faux puit gigantesque sur son copeau de terrain, opération douteuse qui a dû lui donner grand soif… Oh ! j’aperçois un cadran solaire Leroy Merlin (34€ 20), artistement fixé au dessus du PVS de cette baie vitrée ! « Tempus fugit » : comme c’est vrai. Ici, c’est une rocaille qui abrite une jolie source (en réalité, une bâche plastifiée noire où circulent pour perpette dix litres d’eau javellisée). Là, une vieille charrette chinée aux puces passe le temps dans l’oisiveté, trônant à côté d’un impressionnant four à pain d’autrefois flambant neuf ! Décidemment, ici, rien n’est vrai, tout repose sur l’apparence, soigneusement organisée autour du laid, rien n’est fait pour fonctionner, pour durer, ni pour avoir le moindre usage. On singe la réalité d’autrefois après l’avoir assassinée. La route asphaltée qui serpente entre ces fausses maisons essaye elle aussi, sans y parvenir, d’évoquer une ancienne façon de vivre que sa présence même insulte. Tout évoque une civilisation de feignants qui n’auraient pas un moment à eux.

Reconvoquer l'humain

Il faut bien que les gens se logent. Il faut bien que le candidat à l’embourgeoisement joue son rôle et prenne sa place. On ne peut pas tous vivre dans une vieille et belle maison. Oh, comme tout ça est vrai. Il faut de la laideur, je le reconnais, il en faut pour ceux à qui elle convient. Il faut de la médiocrité au prix du luxe, il faut faire vivre le BTP, il faut. Au lieu d’afficher Tempus Fugit sur une plaque de pierre reconstituée, nous devrions plutôt nous demander ce que nous laisserons aux générations futures. Nous-mêmes, nous avons hérité des villages, des villes, du réseau de chemins et de routes, d’un art de bâtir qui change de vallée en vallée, d’un art de l’appareillage qui s’adaptait au matériau local, et qui enchante le voyageur curieux, l’amateur. Nous regardons parfois de simples granges en enviant désespérément leurs proportions. Les villages répondaient à une façon de vivre qui n’existe plus, c’est ainsi. Mais notre façon de vivre, nos exigences puériles sous formes de pelousettes, de jardinets, de piscines à la javel, de garages refuge pour bagnoles en plastique, de maisons abominablement identiques, impersonnelles, standardisées, mondialisées, nos maisons de nulle part que l’on construit en fonction des normes de fabrication d’un vulgaire fabricant de portes en faux bois ou « d’escaliers béton » prêts à poser, notre surpuissante médiocrité industrialisée nous rend coupables d’un recul esthétique sans équivalent depuis les invasions barbares. Bâtir n’est pas une activité anodine. L’architecture est un art très particulier, au sens où on vit à l’intérieur des œuvres qu’il crée et que le monde, l’ensemble des gens qui fréquentent le monde, est son public. L’architecture est aussi l’image héritable de la société dans son ensemble. Un village, un bourg perdu, une cathédrale, un fort maritime, un pont : les œuvres d’un art social. C’est la société entière qui construit une cathédrale, un centre commercial, une rue piétonne et les colonnes de Buren. Et notre société laissera le témoignage de cet art de vivre là : le lotissement.

Les anciens ne bâtissaient pas des villages, voire de très beaux villages par bonté pour nous, pour nous permettre d’en jouir plus tard. Ils bâtissaient pour répondre à des besoins, au nombre desquels il y avait AUSSI le besoin d’harmonie et de beauté. Nous n’en n’avons plus besoin, c’est tout. Ce constat me remplit d’un sentiment : la nostalgie.

mardi 16 septembre 2008

L'écho de Rick Wright

Richard Wright, membre co-fondateur des Pink Floyd, vient de mourir, à l’âge de 65 ans. Pink Floyd est mort il y a bien plus longtemps, chacun le sait. Les amateurs de Pink Floyd ne sont jamais d’accord sur les mérites du groupe, ses meilleures périodes, etc. On ne voit pas trop pourquoi ils seraient d’accord sur quoi que ce soit d’ailleurs. Selon moi, qui suis né avec les Floyd dans les oreilles simplement parce que mon paternel les appréciait, leurs meilleurs albums se situent entre 1968 et 1977, c'est-à-dire entre Saucerful of secrets et Animals, avec tout de même d’excellentes choses sur The wall, faut pas déconner. Après le départ de Roger Waters, ça tourne progressivement en eau de boudin, en auto parodie pathétique. Une musique pour fans de solos de guitare. J’ai dit.



Pour honorer la mémoire de ce bon Rick Wright, rien ne vaut sans doute Echoes, l’un des morceaux emblématiques du groupe, l’un de ses plus beaux aussi, qui concluait le splendide Meddle (1971). Rick partage ici le chant avec David Gilmour. Ces extraits proviennent du film de leur concert à Pompeï, en 1972, concert sans public...

Celui qui n’a jamais écouté Echoes dans un de ces moments d’abandon où son corps n’est plus qu’un flux de douceur et de légèreté ne peut sans doute pas comprendre tout à fait ce que signifie ce morceau…

lundi 15 septembre 2008

Pas de crime impuni à Sarko City!

Encore une victime de l'insécurité!

L’an dernier, on apprenait que l’homme momifié retrouvé dans les glaces des Alpes italiennes (Otzi, pour les dames) était mort suite à une blessure causée par une FLECHE, dégueulassement tirée dans le dos. Il y a 5000 ans, en Europe, les salopards savaient déjà tirer à l’arc. Ce chasseur préhistorique, symbole européen, est l’objet des soins de plusieurs équipes de chercheurs, mais depuis ces découvertes, la dynamique semblait brisée, et la momie ne livre plus rien de nouveau. A la demande du Président de la République française, tout nouveau patron de l’Union, les chercheurs français de la mission TAZ (Tolérance Archéologique Zéro) ont pratiqué une analyse ADN de l’ensemble des matériaux disponibles afin, selon leur ordre de mission, « d’identifier le ou les auteurs de l’attentat, d’en déterminer les noms et adresses, et de les déférer à la justice de leur pays ». On ne sait pas encore si les descendants de ces assassins risquent de devoir s’excuser publiquement de leur attitude passée, mais une association de défense des chasseurs du néolithique s’est déjà constituée partie civile. Ségolène Royal, interrogée sur le sujet, s’est dit profondément choquée d’apprendre qu’il existe encore des gens assez barbares pour agresser des promeneurs à coups de flèches. Bertrand Delanoë s’est dit « globalement d’accord sur le fond », mais regrette qu’une position nette n’ait pas été adoptée par la Candidate lors de la dernière campagne présidentielle. Le Pèzident a quant à lui déclaré : « j’ai pris l’engagement de retrouver les auteurs de ce crime. Je ne reviens pas sur mes engagements. Les engagements que je prends sont sérieux, et les engagements sérieux, on ne peut pas les prendre à la légère. Qu’auriez-vous préféré ? Que je classe le dossier et qu’on puisse dire que le président de la République ne laisse pas la justice faire son devoir ?

Les Français bientôt couverts de médailles!

Peu de gens le savent, mais Xavier Darcos n’a pas toujours été dans la politique. Il est devenu ministre de l’éducation après un parcours atypique, qui a commencé dans le spectacle. Oui, Darcos (qui se produisait alors sous le nom de Darkos) a travaillé dans le cirque. Héritier d’une longue lignée de clowns, il a naturellement fait l’Ecole du cirque, d’où il sortit capable des plus grandes pitreries dans la plus parfaite discipline. Il fut un des clowns/ acrobates les plus précoces de France en montant le numéro qui le fit connaître du milieu : « Les surprises de Darkos ». A l’époque, mêlant les techniques du trampoline, celles de la clownerie la plus classique et, fait nouveau dans la discipline, celles de la rhétorique, il captiva son public au point de l’endormir.

Mais l’univers ludique du clown bientôt le lassa et, doté d’un physique massif, il engagea sa carrière vers le catch. Préfiguration de la lutte politique qu’il connut par la suite, ces années d’empoignades marquèrent à jamais son caractère et ses articulations. A l’occasion d’un gala en province en 1965, il combat contre Raffax, catcheur amateur notoire dans le Poitou, avec qui il va nouer une amitié qui changera sa vie… car Raffax n’est autre que Jean-Pierre Raffarin, l’homme qui fit entrer Darkos en politique !


Darkos contre Raffax. Une amitié naissante.


Des années plus tard, devenu ministre de la République, il lance toujours des expériences hardies, il amuse toujours la galerie en sachant parfaitement qu’il va se rétablir au moment où, le frisson passé, le public cesse presque d’y croire. Il vient donc de déclarer qu’il avait l’intention d’instituer une médaille pour les bacheliers ! Oui, une médaille (c'est-à-dire aussi une cérémonie de remise des médailles) pour chaque clampin qui réussit son bac… ça va en faire de la quincaille ! Un peu plus de 500 000 chaque année ! Une médaille ? Pour un exploit que presque tous les candidats réussissent ? Avec plus de 83% de succès, l’exploit serait qu’un candidat au Bac le loupe ! Si Darcos réussit son numéro, nous pourrons donc voir de nombreux jeunes gens ornés d’un colifichet brillant, façon médaille de concours de boules, déambuler dans les couloirs de l’ANPE en brandissant leur trophée. Armés ainsi pour la lutte que la vie leur réserve, ils pourront toujours s’inscrire à un concours de belle jambe, en attendant leur première mission d’intérim.

vendredi 12 septembre 2008

Qui est Collins?

Le Minnesota. Une palpitante contrée.

Ce soir, je rentre chez moi (22H30), je réponds à quelques mails, puis je vais choufer sur les sites de quelques journaux à la recherche d’infos sur la visite du pape en France (je sais, j’ai qu’ça à fout’). Je tombe sur la déclaration ubuesque du Pontif en blanc, rapportée par Libé, qui dit qu’une culture sans Dieu serait « une capitulation de la raison » … et je comprends que la pape a certainement étudié Sarkozy dans le texte : comme lui, il pratique l’art d’associer des contraires absolus dans ses phrases, il balance des énormités, sachant probablement qu’elles ne sont pas destinées à être suivies d’effet, ni de critiques. Passons.

En fait, c’est dans le Figaro que je vais trouver l’information importante, celle qui manquait à ma journée pour que je puisse me coucher tranquille, sûr d’avoir rempli ce jour avec profit : « Collins se blesse au golf ». Sous cet énigmatique titre, une phrase censée éclairer le lecteur nous apprend que « le pivot de Minnesota » s’est blessé à l’épaule. Le pivot de Minnesota, je sens le gros coup. En vérifiant sur l'article en question , je réalise l’horrible réalité : le Figaro fait un article sur un joueur de foot américain, ou de base ball, ou de basket, qui s’est cassé la gueule comme un con. Qu’est-ce que les péripéties de la vie des sportifs d’un autre continent et qui n’en sortent probablement jamais peuvent bien foutre au Français moyen ? A part des membres de sa proche famille, qui peut trouver le moindre intérêt à apprendre ça ? Ce Collins n’est pas, que je sache, un acteur important de la vie publique en France. Il n’a jamais trempé dans aucun scandale sportivo financier, merde ! Je comprendrais qu’on relate les déboires d’un Zidane, d’un Bigard, même d’une M.A.M. ! mais un joueur ricain qui se fout de la France comme de son premier million de dollars… et pourquoi ne parle-t-on jamais des cors au pied d’un sumotori nippon, de la gueule de bois d’un haltérophile russe ? Comment est-on arrivé à ce point de colonisation « culturelle » ? Depuis une dizaine d’années, on s’est progressivement mis à balancer les résultats des matches de basket américain dans les médias français, sans qu’aucune commission d’enquête parlementaire soit constituée pour trouver les causes de ce fléau, identifier les responsables et raser leurs maisons ! C’est un scandale national ! Comment peut-on imaginer un instant que des habitants de ce pays en voie d’abrutisation puissent attendre un classement de championnat de basket ball qui se déroule à 5000 bornes du périph ? Et si c’était le cas, pourquoi laisse-t-on de tels cons se reproduire ? On voit pourtant progresser cette peste. Et maintenant, c’est l’information pipolisée qui prend le relais. Bientôt, on aura droit aux photos de mariage de deux inconnus (dont l’un est quaterback à Bouseville – Kentucky) à la une du Monde !

Que l’information soit un piège à cons est une chose établie. Qu’elle devienne en plus ce miroir du néant qui nous envahit, ça va me gâcher le sommeil.

jeudi 11 septembre 2008

Siné est mort.


Siné est un mec qui arrive à rendre la mauvaise foi, l’aveuglement et le simplisme supportables. Il a la force de ceux qui, contre l’évidence, continuent à croire que l’image qu’ils ont formée du monde est meilleure que le monde lui-même. Il s’est fabriqué une grande mythologie, empruntée à de grands cons anciens, où tout ce qui n’obtient pas son approbation est voué à la fosse d’aisance. Dans sa vision du monde, une chose très pratique est à remarquer : les gentils et les méchants sont séparés par une ligne blanche bien visible, bien droite, et il n’y a qu’à comprendre quel est le bon côté pour savoir définitivement où diriger la lapidation. A toi, lecteur subtil, ce procédé paraît simpliste, injuste et faux. C’est normal : c’est juste parce que tu n’as pas suffisamment foi dans le Progrès ni dans l’Anarchie. Siné, lui, il y croit. C’est, en dépit de ses gueulements, l’un des citoyens les plus croyants qu’on puisse trouver dans la France post-chrétienne. On peut donc lui reprocher beaucoup de choses, ou n’être simplement pas d’accord avec lui sur tel ou tel point, mais cette foi est là, elle structure son discours (à défaut de le rendre vrai), elle est une colonne vertébrale qui lui permet de rester debout quand les arguments de la raison et les faits devraient le ratatiner. C’est un entêtement dont je suis personnellement incapable, et que j’admire : hommage du doute à la brute. Il est néanmoins évident que je n’aimerais pas avoir à discuter avec un tel bouché.

Dans l’affaire qui l’oppose à Philippe Val, la bonne foi est de son côté, de toute évidence. Son article est dans la lignée de ceux qu’il pondait chaque semaine : vachard, brutal, parfois marrant. Qu’on parle d’antisémitisme parce qu’il évoque « une jeune héritière juive » revient à prétendre qu’il est désormais interdit d’associer les mots « juif » et « riche ». C’est absurde. Siné a-t-il prétendu que tous les Juifs sont de riches héritiers ? Non, l’affaire est entendue : il n’a pas été viré pour ça, il a peut-être une « bonne » raison à son licenciement, mais ce n’est pas celle qui est mise en avant.

Siné est une teigne. A ses ennemis, il ne sait rien dire mieux qu’un énorme « merde ! » et il prétend le prouver en sortant un Siné Hebdo qui prétendait « chier dans les bégonias ». On se délectait d’avance. Mais voilà, aujourd’hui que le brûlot est sorti, on est bien obligé de constater la parfaite santé des bégonias. Siné Hebdo est une insignifiante crotte, un morceau de néant sorti d’un asile de vieux. Siné a redonné de la vigueur au terme « poussif » ! Il a fait perdre de la hauteur à la médiocrité ! Cet enragé n’a réussi à mordre rien d’autre que la poussière ! Sans prendre parti et en essayant d’être le plus distancié possible, on est obligé de reconnaître que c’est largement moins bon que Charlie Hebdo ! Tout ça pour ça ? A-t-on le droit de faire un canard lourd et moribond-né quand on a claironné avec autant d’aplomb qu’on allait embraser le cosmos ? Plus qu’une misère technique, plus qu’une absence factuelle de choses drôles et enlevées, ce Que Dalle Hebdo souffre d’un manque d’esprit, un essoufflement congénital. C’est un assemblage de noms qui n’ont peut-être en commun que de vouloir donner un coup de main au vieux, mais qui ne savent pas quoi foutre ensemble. Ce pseudo canard méchant pue le Viagra à plein nez ! la bandaison, papa, ça n’se commande pas ! A part un excellent dessin de Loup et une BD rigolote de Delépine et Aranega, on se fait chier de pages en pages à lire les articulets anémiés de chantres de la révolution violente et permanente. Companieros ! vous vouliez casser la société, et vous n’arrivez même pas à casser la baraque !

Bien qu’il n’ait jamais accordé la moindre attention à la réalité, Siné devrait quand même se rendre à celle-ci : il est bon pour la retraite.