mercredi 31 mars 2010

Schmock et Archischmock

A la faveur d'un commentaire sur l'affaire Guillon, un lecteur anonyme m'a filé le lien d'un mec à la fois drôle et pertinent : Archiscmock. Je ne résiste pas au plaisir de relayer deux de ses vidéos, en conseillant au lecteur d'aller faire un grand tour sur la chaîne du gonze, ça vaut le détour.


Stéphane Guillon: le pape des chroniqueurs
envoyé par archischmock. - Cliquez pour voir plus de vidéos marrantes.


Castration chimique ou peine de maures?
envoyé par archischmock. - L'info video en direct.

mardi 30 mars 2010

Mélanchon nous console

Jean-Luc Mélanchon a su trouver les mots qui consolent. Il est à prévoir que la profession des journalistes va lui tomber dessus. Mais quand, dans un siècle, on fera l’histoire de ce qui a miné la démocratie, de ce qui a favorisé partout l’abstentionnisme, le ricanement moutonnier et l’abaissement de toutes les valeurs, cette vidéo sera regardée comme un éclair de vérité lucide qui n’a pas eu de suites, hélas.


Mélenchon: Les journalistes sont de "petites cervelles"
envoyé par ecoledejournalisme. - L'actualité du moment en vidéo.

L'esprit de la rue


Il y a deux ans, Frank Miller a fait une adaptation du Spirit, de Will Eisner, au cinéma. La mort avait cueilli Will Eisner peu de temps avant, et lui aura épargné, bonne fille, de découvrir ce qu’un esprit malade pouvait faire de son œuvre. Rien, absolument rien de l’humour et de la poésie du grand Will n’a été compris par Miller, ni sauvé du naufrage. Mais l’auteur d’un tel film ne mérite pas la moindre chronique : il mérite la guillotine.

Will Eisner n’a pas dessiné que le Spirit, même si c’est son œuvre la plus connue. Il a aussi, entre autres choses, inventé le roman graphique, tout simplement. En 1978, il fait paraître A contract with God, qui montrera la voie d’un genre enfin mature à ces attardés de dessinateurs de B.D. et qui leur permettra enfin de revendiquer le titre d’artistes majeurs sans trop de vergogne.
Pour moi, il est surtout un graphiste fascinant, celui qui a su fixer le mieux l’ambiance de la rue new yorkaise, du moins celle de son époque, notamment dans son Big City en cinq tomes. La rue populaire, sale, animée en permanence, lieu de scènes banales ou de drames, des jeux d’enfants et du quotidien, la rue des foules besogneuses avec ses papiers gras, ses poubelles débordantes, ses escaliers refuges pour des vies ancrées au bitume.
Pour illustrer l’univers de Will Eisner, je choisis un autre chef-d’œuvre, qu’Eisner n’a pu ignorer, In the Streets (1948), tourné dans le Spanish Harlem par Helen Lewitt (assistée de Janice Loeb et James Agee), morte il y a tout juste un an, le 29 mars 2009, presque centenaire. Comme Will Eisner, Helen Lewitt décrit un petit monde particulier avec tant de sincérité qu’il en devient universel. Et le dernier plan en dit long sur ce qu’elle avait compris, alors, du temps qui passe.



lundi 29 mars 2010

Le rire fuyant.



Quoi qu’on pense de son action, Eric Besson a su endosser avec un certain courage le rôle du traître. A l’occasion de la dernière campagne électorale présidentielle, il a laissé tomber les socialistes et Ségolène Royal pour se mettre au service de l’U.M.P. Les explications qu’il donna à cette occasion me semblèrent parfaitement recevables, même si je n’ai aucun moyen de savoir si elles sont exactes. Cependant, quelles que furent ces raisons, il est établi pour la France entière que Besson est un traître, un lâcheur, et il est entendu qu’il doit payer pour ça. Là où la chose est amusante, c’est qu’on nous serine à longueur de temps un éloge permanent à la désobéissance, qu’on encense les résistants de tout poil, ceux qui savent dire NON, ceux qui savent se mettre au service de « l’ennemi » parce qu’ils estiment que le Bien est de son côté, mais qu’on refuse en même temps de voir qu’Eric Besson est, toute proportions gardées, exactement dans ce cas de figure. Mais ce n’est pas mon sujet.

En ce moment, la France s’émeut. Elle ne fait d’ailleurs plus que ça depuis qu’elle a cessé d’agir sur la scène du monde. Elle s’émeut pour un rien, puisqu’elle n’a plus que ça – rien – à se partager. Elle s’émeut parce que Stéphane Guillon a fait un portrait nazifié de Besson, ce qui est non seulement ridicule mais aussi très commun. En ces temps de distribution inconsidérée de points Godwin, qui n’a jamais été traité de nazi ? C’est devenu d’une banalité effarante, propre à combler Hitler lui-même au-delà de ses plus mégalomanes espérances. Son « règne de mille ans », c’était peut-être comme ça qu’il fallait le comprendre : il est devenu l’insulte-référence du post modernisme. Que Guillon ait utilisé un caricatural accent allemand pour évoquer le "nazi Besson" ne choque donc pas vraiment une population où chacun est appelé à être, un jour ou l’autre, le nazi du jour. Ce qui choque, c’est qu’il a osé dire que Besson a des yeux de fouine et un menton fuyant, choses parfaitement vérifiables par ailleurs. Mais un commandement mystérieux semble proscrire ce genre de vannes. Besson s’engouffre donc dans la brèche pour traiter à son tour Guillon de – devinez quoi ? de NAZI !!

Il est hors de question d’essayer « d’apprécier » les vannes de Guillon : la plupart des beaufs le font si bien qu’il faudrait avoir du temps à perdre pour en rajouter une couche. Il est l’idole des tièdes, il flirte pour eux aux frontières de l’insulte, il distille à leur place des méchancetés convenues qui effrayent la ménagère de plus de 50 ans mais n’arriveraient pas à distraire de leur sieste des enfants de dix ans qui en entendent bien d’autres. C’est un comique comme l’époque sait les révérer : insolent depuis une tribune officielle (entre Canal+ et Radio-France, il est en effet difficile d’être moins underground). Oh, il a son utilité, le Guillon, il fait la queue de comète, il rappelle que des humoristes exigeants et vachards ont existé au pays de Voltaire, il est le souvenir presque effacé, inoffensif, des irrévérencieux du temps jadis, il témoigne des combats passés comme une virgule sur un mur vespasien rappelle les plus fantastiques cagades. Il est à Pierre Desproges ce que Serge Lama fut à Jacques Brel.


Une époque qui se demande trois fois par semaine si l’on peut « rire de tout » n’ose pas encore dire sa vérité : fini de rire ! Comme l’a si bien analysé Philippe Muray, la rigolade est le mode habituel du Festif. On ne peut pas concevoir notre modernité sans la dérision qu’elle exprime en permanence à l’égard de tout, et donc d’elle-même. C’est probablement là où elle est le plus proche de la réalité, d’ailleurs : quand elle ne croit même pas en elle. Il est donc impossible d’envisager de se passer des bouffons officiels puisqu’ils incarnent le principe même de la Règle Dérisoire où tout doit se plier. Si l’on ne riait plus à tout bout de champ, ma petite madame, cela rappellerait les heures les plus sombres de notre histoire, voyons ! On ne riait pas sous Vichy !
Le nœud de l’affaire, on le comprend, est alors d’affadir tellement ce qu’on nommait rire aux temps barbares qui ne connurent pas la Halde, que bientôt, rire ne sera plus drôle du tout. On assiste donc à une explosion quantitative des comiques troupiers new age, qui sont capables de pondre trente sketchs par mois sur les téléphones portables et le divorce en milieu urbain. Le peuple n’a plus que ça pour rire, et il ne s’en prive pas. Corollaire à cette félonie, l’interdiction progressive de ce qu’on peut appeler le rire dissident. Le rire dissident n’est pas forcément plus « drôle » que le rire officiel, ni de qualité meilleure, mais il est dissident. Par principe, il ne rit pas là où on lui dit de le faire. Quand des supporters de foot balancent des vannes sur ces cons de Ch’tis ou quand Stéphane Guillon s’appuie sur l’invraisemblable tronche d’un ministre, nous sommes dans le rire dissident, c'est-à-dire dans le rire… crypto nazi ! Les Tables de la Loi Comique Officielle Avec Un Cœur Gros Comme Ça stipulent en effet, en leur article 1 : « Des disgrâces physiques et du nom de famille de tes semblables, tu ne riras point ». Nous en sommes là : quand Thierry le Luron moquait la calvitie de Giscard en parlant d’aérodrome à mouches, il outrepassait le Commandement Premier. S’il vivait encore parmi nous, il serait un dangereux dissident, il serait un nazi, il serait, tiens-toi bien, lecteur tenté par l’exil, il serait sub-ver-sif ! Thierry le Luron est, trente ans après, un comique presque insoutenable pour la modernité, et il ne l’a pas fait exprès !!

Quand on se bat « pour de faux », dans une cours de récréation, on précise toujours les règles du jeu : « on dirait que toi tu serais le méchant et on dit qu’on ne tire pas les cheveux, et on insulte pas les parents et on tire pas les vestes ! » La société du matriarcat nous encadre tellement qu’elle nous transforme bientôt tous en petits enfants : on dirait qu’on peut rire de tout mais on se moque pas des gens qui ont un gros nez, ni de ceux qui puent des pieds, ni de ceux qui ont un nom ridicule, ni de ceux qui sont trop grands, trop maigres, trop gros, trop laids, trop bêtes, etc., etc., etc.… A la fin, comme sous toutes les oppressions, on ne rit plus que de ce qu’on nous désigne comme risible, et on est sommé de marquer un respect rigide à tout le reste.
Quand le réel est combattu avec autant de méthode que de moyens, tout est bientôt soumis à la marque du faux. Le rire n’est plus qu’un ersatz qui ne couvre qu’un champ limité par la loi et les bonnes mœurs, la littérature n’est plus qu’une inoffensive introspection nombriliste qui ne change plus aucun destin d’homme, le voyage n’est plus qu’une excursion en bus climatisé d’une durée maximale d’une semaine, l’amour n’est plus qu’une pornographie accessible en un clic, l’art n’est plus qu’un délassement ludique subventionné par l’Etat et d’accès gratuit, la vieillesse n’est plus qu’un moment propice à l’éclate, la mort elle-même n’est plus qu’une activité comme les autres. La vie « pour de faux ».

Quand on est tellement mort que plus rien de la vie réelle ne nous touche, on peut aisément se contenter de ces falsifications. Elles sont calibrées pour nous satisfaire selon des critères précis où la moyenne, l’injuste milieu, l’esprit normatif et l’implacable mollesse du Grand Nombre dictent leur loi. Quand on n’a plus rien à dire, autant le faire en peu de mots, et des moindres. Mais si l’on croit encore que le rire n’est pas qu’une distraction de plus et ne se réduit pas aux blagues d’avant J.T., on tombe forcément dans la dissidence (j’ai conscience que dissidence est un grand mot, mais la norme est tombée si bas que le moindre pet vous y range illico). Le rire est une incorrection par essence, qui méprise la politesse, la bienséance, la retenue et le garde-à-vous. Il est un surgissement d’esprit, fin ou grossier, subtil ou gras, opportun ou injuste, qui rappelle que l’être humain n’a pas attendu les ligues de vertu pour se distinguer des autres mammifères. On ne rit pas, et on ne rira jamais pour faire avancer le char de l’histoire, ni même la trottinette de la modernité. On rit pour le plaisir de le faire, et souvent aux dépens de quelqu’un, fût-il faible, sans défense, respectable. On rit aussi pour faire mal, chose éminemment légitime. Le « rire citoyen » est une utopie dangereuse qui se servira de la disparition du rire pour faire disparaître le citoyen. « L’argot, ça veut dire je vais te crever », disait Céline. Le rire sert aussi à ça parfois, et c’est très exactement ce qu’on voudrait abolir. A la fin, il faudrait obéir à cette injonction ridicule : riez de tout, mais sans déranger personne.


Il est bien entendu, entre individus censés, qu’un type au physique aussi minable que le professeur Albert Jacquard peut être un esprit excellent, un bon généticien, un père modèle, un amant inoubliable. Un crâne d’œuf comme Juppé peut gouverner comme un chef, sa tête de nœud n’ayant rien à voir avec ses capacités. Le menton en galoche et le regard torve de Philippe Val ne témoignent en rien des qualités du bonhomme, certes, et le pli amer de ses lèvres ne doit pas faire conclure qu’il est bouffi de haines diverses et durables. Pas plus que la tronche de para de Le Pen n’a de rapport avec ses positions politiques. Encore une fois, on ne juge pas les gens sur leur bobine, fût-elle impayable. Mais qui parle de juger ? Qui prétend avoir fait un examen juste et complet d’un imbécile quand il a simplement ri de son imbécillité ? En se foutant littéralement de la gueule d’un affreux, qui a jamais prétendu faire autre chose que le ridiculiser ?
Il est du meilleur ton de se foutre de l’esprit « café du commerce », surtout parmi les culs serrés aspirant à la dignité de l’élite, ce nirvana des snobs. Il est aussi très connu qu’on ne rit pas beaucoup dans la bourgeoisie, qu’elle soit petite, moyenne, grande ou qu’elle milite pour l’abolition du Mal en signant des pétitions. Mais il ne s’agit pas uniquement, pour ces tristos, d’avoir le rire citoyen ni d’affecter une attitude concernée à l’évocation d’un malheur aux antipodes, il faut encore empêcher les autres de rire. On décrète ainsi que certains domaines doivent être réservés (on ne peut rire des Noirs que si l’on est soi-même noir, etc.), que d’autres sont simplement interdits. Rire de la sale gueule d’un ennemi, de l’embonpoint d’un gros con, de la sécheresse d’une bigote, de la tête de fouine d’un enculé est donc la plus sûre façon de se faire embastiller au pays de Dubout, de Daumier, de Léon Bloy, du professeur Choron et de Vuillemin.

lundi 22 mars 2010

Nabe au ban


Depuis ma prime adolescence, je fréquente des librairies. Je peux affirmer que j’ai, dans ce domaine, une putain d’expérience. J’ai connu beaucoup de libraires, j’ai moi-même été bouquiniste, personne n’est parfait. Il est rarissime de rencontrer une personne de valeur parmi cette faune-là. Par personne de valeur, j’entends quelqu’un qui aime, connaît et fréquente la littérature. Pour le dire plus vite, quelqu’un qui lit. Un libraire qui lit est bien plus rare qu’un vendeur de chez Go Sport qui fait lui-même du sport. J’affirme que les vendeurs de chez Go Sport, les esclaves de chez Quick et les connasses de la Foirfouille sont plus compétents pour vendre leur came que la quasi-totalité des libraires. Même les libraires en BD lisent et connaissent vraiment la bande dessinée. Les libraires tout court, eux, ne connaissent la plupart du temps que les catalogues.
D’ailleurs, quelqu’un qui aime vraiment les livres ne fait pas profession de les vendre : il se les garde !

Marc-Edouard Nabe n’a pas que des qualités. Il n’a pas non plus que des défauts. Il pourrait donc être, somme toute, un type assez normal. Néanmoins, il a une tendance à ne rien faire comme tout le monde qui le rend intéressant.
Son dernier ouvrage, L'homme qui arrêta d'écrire, paraît sans maison d’édition. Après avoir été le seul écrivain mensualisé (par les Editions du Rocher, en leur temps), il sort lui-même son dernier livre, sans éditeur, et sans distributeur. On ne le trouvera donc pas en librairie, mais uniquement en vente par correspondance sur le site de l’écrivain. Comme il ne fait rien comme tout le monde, il a également réussi à récupérer les droits de 22 de ses 26 livres publiés précédemment, ainsi que les stocks d’invendus. Il est donc parti pour tenter ce qui n’a pas été fait jusqu’ici : être un écrivain connu sans éditeur, qui fabrique et vend lui-même ses livres par Internet. On parle beaucoup de la disparition du livre de papier : Nabe anticipe la disparition des libraires. Bien fait.
N’ayant pas encore lu le livre, je n’en dirai donc rien. Ça viendra. Mais pour avoir une idée du truc et de la démarche de Nabe, vous pourrez écouter le bonhomme ce soir sur France 3 (22h55, chez Taddei).

vendredi 12 mars 2010

Luchini et Muray à l'atelier


Le livre a été inventé par des égoïstes qui voulaient fournir la joie de s’isoler au plus grand nombre. Dans le livre en tant qu’objet, tout indique le plaisir solitaire, ou l’effort du même nom. Les caractères sont petits, la place idéale pour les lire est totalement occupée dès qu’une personne s’y trouve : c’est une affaire intime. A ceux qui prédisent un avenir funeste au livre, je réponds qu’ils se trompent : l’isolement intime, le retrait de la Course, le silence intérieur et la lenteur du verbe construit deviendront bientôt tellement rares, tellement subversifs, que même les plus sots des hommes (nos descendants) en comprendront la valeur. Il n’est même pas interdit de penser qu’ils y trouveront autre chose qu’un bête plaisir : un moyen de survivre.

Cependant, il n’est pas interdit de lire à plusieurs, c'est-à-dire à haute voix, quand le texte en vaut la peine et qu’on possède une diction irréprochable. C’est ce que fait l’immense Fabrice Luchini depuis des années, et bien plus. Je signale donc au lecteur parisien que Luchini lit Philippe Muray ce week end, au théâtre de l’Atelier, dans le dix-huitième arrondissement.
Petit veinard.

Shake ton Boutih !



En utilisant l’expression euphémistique de « diversité », en son sens actuel, ou celle de « minorité visible », on désigne les gens qui ne sont VISIBLEMENT pas conformes au corps social traditionnel et majoritaire de la France. En prenant ainsi des détours sémantiques pour adoucir le caractère brut de ce qu’on veut désigner, on distingue tout simplement les Blancs des « autres » (matez les guillemets), c'est-à-dire essentiellement des Noirs et des Arabes, et marginalement des Asiatiques. Si le sens de minorité visible parle de lui-même, celui de diversité indique forcément qu’au corps social initial qu’on présente comme homogène, viennent s’ajouter des éléments étrangers qui, additionnés au premier forment cette fameuse diversité. J’ai beau tourner dans ma tête ces éléments-là, je ne vois pas quel autre sens on peut leur donner.

La Halde est une institution abominable, non pas dans son principe, qui est de lutter contre une chose indigne, mais par ses productions, ses intentions et le niveau jamais atteint de sa bêtise collective. Qu’elle ait présenté le plus célèbre poème de Ronsard comme une vision donnant « une image somme toute négative des séniors » est une tâche indélébile qui se paiera un jour si la justice est encore de ce bas monde. Mais qu’on ne s’y trompe pas, et qu’on se garde de rire de cette sottise trop manifeste : en s'attaquant à Mignonne allons voir si la rose et son auteur, la Halde savait parfaitement qu’elle touchait un des symboles historiques de ce qui a fait la langue française, et son identité. Comme le flic qu’elle est, elle tentait un touché rectal au fondateur de la Pléiade pour vérifier si, sous le lustre de ses productions, le vieux poète ne cachait pas quelque monstre rappelant les zheures les plus zombres de notre hiztoire. Si ça ne dépendait que de moi, tu t’en doutes, lecteur familier, la Halde serait dissoute fissa et ses membres passés au goudron et aux plumes. La question de la personne qui préside donc cette haute autorité de mes fesses n’est pas de celles que je me pose le soir avant d’aller faire la bringue.

Gérard Longuet non plus. On le connaît depuis longtemps, Gérard, il n’est pas du genre à se poser des questions. Les animaux politiques tels que lui se posent plutôt des réponses, c’est ce qui les distingue du philosophe, leur assure des voitures de fonction toutes options et un revenu bien supérieur au sien. Chaque fois que Gérard Longuet exprime une opinion idiote, la plupart des gens de ce pays font comme s’ils n’avaient rien entendu. C’est la seule solution qu’on ait trouvée pour avoir un peu de repos, tant la sottise colle à la peau de ce reptile comme une mue éternellement renouvelée. Cette fois-ci, Gérard balance une salade sur la Halde en faisant comme si le sujet méritait qu’on y réfléchisse. Pour lui, la France devant tenir le rôle de l’accueillante, il reviendrait à un français « traditionnel » de présider l’asile de dingues. Un français traditionnellement blanc. Comme si la Halde était devenue le hall d’entrée de la France où l’on fait patienter (oh, à peine) les impétrants pendant qu’on passe vite fait l’aspirateur pour que tout ait l’air nickel ! Et pour bien montrer qu’on a décidé d’être méchant avec les discriminations, c’est un Grand Chef Blanc qui ouvrirait solennellement les réunions du club… Woputain !

Là où la chose devient vraiment drôle, comme chaque fois, c’est à l’entrée en scène du parti socialiste. On a dit beaucoup de mal de ce parti, on s’en est beaucoup moqué ces dernières années, mais il faut savoir être honnête et reconnaître ses erreurs : c’était insuffisant ! Le parti socialiste français (j’adore écrire ces trois mots, comme si je répétais une formule magique qui ouvre un monde de possibilités infinies, de surprises toujours plus étonnantes) trouve scandaleux qu’il puisse exister des français d’un type traditionnel. Il n’appelle pas explicitement à leur disparition pour la bonne raison qu’ils n’existent pas, mettez-vous ça dans le crâne ! Au lieu de débiner Longuet sur les conneries qu’il vient de dire, il s’offusque qu’on ait pu remarquer que Malek Boutih est arabe ! Mieux, il demande (certes, par la voix d’Harlem Desir) que Longuet s’excuse auprès de lui, comme si il lui avait fait une offense personnelle ! C’est auprès de la France toute entière qu’il devrait s’excuser, Longuet, si ce rôle n’était pas totalement phagocyté par Ségolène Royal ! Pour bien marquer que l’ultra gauche est plus à gauche que la gauche, Besancenot devait en sortir une plus énorme encore, il a eu ce mot, que je te laisse méditer, lecteur, toi qui a la malchance d’appartenir au corps social traditionnel: « Le 'corps français traditionnel', c'est quelque chose qui pue, c'est quelque chose qui ne sent pas bon ». Ça fait toujours plaisir à entendre.


Le credo offuscatoire du parti socialiste français (j’adore ce mot !) implique qu’on ne fasse jamais mention de l’origine d’une personnalité publique, sauf naturellement quand c’est pour lui donner une place de choix ou la désigner à l’admiration du cosmos. Bonne nouvelle, le Père de Tous les Paradoxes est français : c’est celui qui consiste à traiter de raciste un Longuet, parce qu'il introduit une distinction ethno raciale entre des personnes pressenties pour diriger une Haute Autorité dont c’est très exactement le métier ! La Halde épluche les statistiques et les témoignages pour montrer que des discriminations d’ordre ethno raciales existent. Comment le fait-elle, si ce n’est en s’enquerrant en permanence de la couleur de peau des individus ? Sur les 750 mecs qui viennent de se faire licencier des deux dernières boîtes de mécaniques de Saint-Chamond, par exemple, la Halde ne peut être intéressée que par ceux qui ne sont pas blancs de peau. Elle est faite pour ça, elle « discrimine » en permanence, elle fait un tri ethnique parce que ce sont ses statuts, sa raison d’être qui l’y obligent. Mais attention, pas question qu’on fasse la moindre remarque sur l’origine du futur président ! Le pire, dans l’histoire, c’est que Malek Boutih, qui a pris publiquement position contre les discriminations positives, est probablement le moins cinglé des réformeurs de monde qui grenouillent autour du pouvoir. Si Sarkozy pense à lui pour la Halde, c’est soit qu’il veut qu’elle arrête de déconner sur Ronsard, soit que Boutih s’apprête à changer de position sur beaucoup de points…

Si les personnages de Corneille (le tragédien, pas le baltringue) souffraient tant, c’est qu’ils devaient choisir entre suivre les commandements de l’honneur, écouter la raison, s’abandonner à l’amour ou respecter les liens familiaux, tout ça pour une même situation, évidemment. Nous autres, Français d’aujourd’hui, avons le choix entre les conneries de Longuet, les immondices de Besancenot, les tartufferies du partisocialistefrançais, les commentaires médiatiques des vedettes du rapslam et l’envie d’exil au Galápagos. Cornélien.

mercredi 3 mars 2010

Boum boum nada


C’est suffisamment rare pour être signalé et répercuté partout : une fatwa vient d’être publiée CONTRE le terrorisme se réclamant de l’islam ! Alléluia !
Bien sûr, comme on le répète à l’envi, la plupart des musulmans rejettent le terrorisme. Pour continuer dans la prudence qui me caractérise et éviter les déclarations invérifiables, je dirais, pour ma part, que la plupart des musulmans NE PRATIQUENT PAS le terrorisme. C’est déjà ça. En tout cas, qu’ils le rejettent ou pas, on a rarement l’occasion d’entendre une autorité islamique quelconque condamner autre chose qu’un petit attentat par-ci par-là. Le véritable engagement de principe contre les actions violentes manquait de zélateurs. Muhammad Tahir-ul-Qadri, auteur de la fatwa, est un théologien soufi qui n'en n'est pas à sa première condamnation du terrorisme, mais les médias ne semblent pas disposés à en faire une star.
Ces quelques mots ne changeront rien aux explosions de bombes, bien entendu. Mais ils permettront peut-être aux musulmans timides de se raccrocher à une parole autorisée ou, comme l’usage la nomme en islam, « savante ». Faites passer !

mardi 2 mars 2010

Rien ne vaut les nichons.

video

"On ne naît pas femme, on le devient". C’est par cet aphorisme que Simone de Beauvoir résume la thèse de la construction sociale du sexe. La phrase est assez percutante d’un point de vue formel, mais très imprécise. On peut, par exemple, démontrer scientifiquement qu’on ne naît pas fraiseur mouliste, mais qu’on le devient après formation. On peut faire de même pour les coiffeurs, les assistantes sociales, les ministres de la Défense et les agriculteurs bio. Pour ce qui est des femmes (et des hommes, donc), il ne s’agit, tout au plus, que d’une thèse sociologique ayant quelque chose à voir avec la sémantique. Car il faut s’entendre sur le sens du mot « femme ». Biologiquement, on naît femme, on ne le devient pas (passons sur ces extravagances de la nature que sont les hermaphrodites, qui ne démentent pas la règle générale). Disons, au minimum, qu’on naît « fillette », et qu’une fillette est toujours une femme en devenir. L’affirmation beauvoirienne désignait la femme en tant qu’être social (c'est-à-dire femme dans les rôles que la société lui confère), et alors oui, on peut y aller de la tautologie suivante : on ne naît pas femme (sociale), on le devient (socialement). Si laisser un nom à la postérité repose sur ce genre d’exploit, on comprend que Simone soit dans les dictionnaires.

Quoi qu’elle en dise, Elisabeth Badinter participe au plus haut point à cette construction sociale de la femme. Sa théorie et les derniers rebondissements de la polémique qu’elle déclenche tendent à assigner bel et bien un rôle à la femme dans notre société : un rôle de citoyenne active, travailleuse, un rôle qui a correspondu à une avancée dans l’histoire des luttes féministes, et sur lequel il ne faudrait pas revenir. Selon elle, comme l’instinct maternel n’existe pas, comme la nature n’existe presque pas dans l’individu femme (puisqu’elle est « construite » socialement), il faut continuer à dire aux femmes qu’elles peuvent nourrir leurs bébés au lait Nestlé sans devenir de "mauvaises mères" pour autant. Pourquoi pas ? Sauf que la science se fiche pas mal des convictions de nos féministes sexagénaires, et qu’on sait maintenant que les qualités du lait maternel sont irremplaçables. Que faire ? Faut-il interdire les publications scientifiques pour conserver le féminisme dans ses indéboulonnables commandements ?

Evidemment, la nature n’a que peu à voir avec ce que les hommes font en société, et elle n’a pas de droit particulier à réclamer, autres que ceux auxquels on ne peut se soustraire. Mais il faudrait être fou pour croire qu’il n’y a pas de prix à payer pour ça. On lutte contre les maladies et le vieillissement, certes, mais on doit en assumer les conséquences, aux niveaux individuel et collectif. Si on est capable de nourrir les petits avec du lait industriel stérilisé, permettant donc aux mères de courir retrouver les joies du bureau, de l’usine ou de la caisse de supermarché pendant qu’une inconnue s’occupe du biberon, on doit froidement regarder en face les conséquences mises en lumière par la science, et ceci quels que soient nos avis sur la liberté des femmes. De la même façon, on peut parcourir les continents en avion, on peut partir chaque week-end dans les Alpes pour y faire glissette, on peut retrouver dans son assiette des pommes venues du Guatemala, mais ça a des conséquences, notamment en termes de pollution, et personne ne nie plus que le progrès technique doive se subordonner à la bonne santé générale de l’homo sapiens, tant qu’il en reste. Et si c’était pareil pour l’allaitement ? Si le modèle des féministes des années 60 devait être amendé, sous peine de risques divers pour la santé des gens ? Il est quand même curieux que cette question simple ne soit pas envisageable sans qu’on déchaîne les points Godwin, et sans qu’on traite ses contradicteurs de réactionnaires.


Avec le Whisky, la pilule contraceptive est probablement ce que l’Homme a inventé de mieux pour son confort. Il est hors de question de revenir là-dessus. Cependant, si des études révèlent qu’il y a des risques à boire du whisky ou à prendre la pilule, il serait criminel de ne pas en tenir compte, ou simplement de ne pas s’interroger. Quitte, ensuite, à continuer la picole et le reste, mais en connaissance de cause. Mais ce bon sens est interdit aux militants de tous poils, qui ne sont pas là pour raisonner mais pour plier le monde à leurs conclusions, fussent-elles totalement contredites par la science. Les médecins du XVIIème siècle qui traitaient les MST au mercure n’étaient pas des bourreaux, ils faisaient ce qu’ils pouvaient avec les moyens du bord, c'est-à-dire exactement comme nous autres aujourd’hui. Et s’ils se sont trompés, nous pouvons le faire à notre tour. La pilule contraceptive, l’allaitement industriel, le traitement hormonal de la ménopause comme tout autre pratique humaine, doivent être en permanence remis en question, étudiés, évalués et, en cas de danger, abandonnés. Que ça plaise ou pas, que ce soit gênant ou pas pour la carrière professionnelle ou le confort.

Madame Badinter dit avoir peur des visées réactionnaires des partisans de l’allaitement naturel, qui voudraient tout simplement « renvoyer les femmes à la maison ». On croit rêver. Elle est manifestement atteinte du syndrome de Drogo, avec tout l’attirail pour lutter contre des ennemis totalement absents. Elle fait ici penser à ces militants anti-fascistes dont parle Muray, à qui il ne manque que les fascistes pour être crédibles. A part quelques immigrés descendus fraîchement de leurs montagnes reculées d’Anatolie ou juste débarqués de leur désert soudanais, qui, en France, considère que la place des meufs est aux fourneaux ? Qui ? Personne. Il n’y a que madame Badinter pour entendre ça. Si l’allaitement au sein prend six ou sept mois, voire un an par enfant, et que les femmes font 2,5 enfants en moyenne, il ne s’agit donc pas de les renvoyer à perpette à la maison, mais seulement pendant le temps nécessaire à l’allaitement. CQFD.
La position de madame Badinter est intenable au sens où elle subordonne les conclusions de la médecine et les données de la statistique à ses propres options de vie, qu’elle défend comme une sorte de paradis indépassable. En ce sens, elle rejoint une longue tradition d’obscurantisme où elle devient l’associée d’une flopée de réactionnaires, authentiques, cette fois.